Diana Baroni, l’âme des copleras argentines

Flûtiste virtuose et chanteuse argentine, Diana Baroni est décrite comme une « musicienne d’entre les mondes ». Elle s’est produite à plusieurs reprises au Festival de l’Abbaye de Sylvanès et elle sera de retour cette saison 2026, du 3 au 7 août à l’abbaye pour y encadrer un stage de chant sur le thème :  « Copleras : chants d’Argentine ». Diana nous éclaire sur ce répertoire traditionnel de femmes du Nord de l’Argentine.

Peux-tu expliquer ce qu’est la copla et ce que racontent ces chants de femmes venus du nord de l’Argentine ?
La copla est la forme poétique la plus répandue dans les chants des pays hispanophones, et plus particulièrement en Amérique latine. Il s’agit d’une strophe composée de quatre vers octosyllabiques, généralement avec une rime assonante entre les vers pairs, forme connue également sous le nom de « cuarteto de romance » proprement dite. Venue d’Espagne, de la tradition poétique du siècle d’or, elle s’est implantée dans le nord-ouest de l’Argentine, où elle est interprétée accompagnée de la ‘caja chayera’ (tambour traditionnel). Les couplets sont pour la plupart improvisés; au-delà d’être un espace de liberté, de déclamation poétique, d’échange populaire, ces chants expriment tant la beauté des paysages comme la difficulté des femmes dans la vie quotidienne.

À travers tes créations, tu mets souvent en lumière la parole des femmes. En quoi les coplas participent-elles, selon toi, à cette expression féminine ?
Et bien, la copla incarne une pratique traditionnellement dédié aux femmes, et notamment du nord de mon pays; avec le temps, elle a traversé des territoires, des générations et est devenue aussi un espace ludique entre hommes et femmes. Ce qui m’inspire dans ce genre, c’est le coté introspectif; la copla porte en elle une sorte de vérité, de revendication aussi; elle est très identitaire, ancrée dans le paysage, dans les communautés ancestrales, dans le temps présent, tout en venant de très loin.

Diana Baroni, cloître de l’Abbaye de Sylvanès, avril 2021 ©Erol Gum

Comment transmets-tu cet art de la copla au cours d’un stage de quatre jours ?
L’idée serait de vraiment découvrir ce genre sans s’imposer de nécessairement le reproduire, mais de comprendre la pratique et l’exercice. Nous allons surtout travailler les textes, sur la base de compilations que j’ai faites moi-même ou des musicologues, pour scander les paroles sur le tempo traditionnel de la ‘caja’ (le tambour qui accompagne ce chant). Il s’agit plutôt de ressentir et s’approprier par la voix et le corps cette pratique, pendant laquelle on fait d’ailleurs dialoguer des groupes de chanteurs – copleros – en créant des joutes d’improvisation.

À qui s’adresse ce stage ? Faut-il avoir une expérience vocale, savoir lire la musique ou parler espagnol pour y participer ?
Ce stage s’adresse à tous car ce genre est né de l’oralité. Bien entendu, parler espagnol est un atout, mais il ne faut pas que cela soit un blocage… Tout le monde est bienvenu !

Tu es venue à plusieurs reprises à Sylvanès : quel est le meilleur souvenir que tu gardes du lieu ?
Pour moi Sylvanès est un espace de création, d’inspiration, de recueil… Le lieu vous parle, les murs sont imprégnés de sons. Nous avons enregistré MUJERES il y a quelques années, peu après le confinement; c’était le printemps, et le silence nous envahissait avec douceur quand nous arrêtions les séances d’enregistrement dans le réfectoire. Lors d’une soirée, nous avons confectionné des couronnes de fleurs pour imaginer la couverture du disque; l’idée est née ainsi, et c’est ensuite avec Erol Gum que nous avons recréé la vision !

Y a-t-il une figure féminine d’Amérique du Sud — artiste, poétesse ou chanteuse — qui t’inspire particulièrement dans ton parcours ?
Oh là là, pas qu’une ! Les femmes sud-américaines sont un peu partout dans mon espace d’inspiration : Alfonsina Storni, Frida Kahlo, Luzmila Carpio, Leonora Carrington, Violeta Parra, Chavela Vargas entre autres… Et une nouvelle muse, qui vient de ma ville natale : Emilia Bertolé, poétesse et peintre, qui fera l’objet d’un projet pour 2027 avec le Quatuor Zaide.


Renseignements sur le stage du 3 au 7 août 2026


en savoir plus sur l’actualité de Diana Baroni
SITE DIANA BARONI

Découvrir un extrait de son dernier album Madre Selva : « Vidala del ultimo dia »