Quand chant rime avec occitan !

Pascal Caumont encadrera du 26 au 28 octobre prochains un stage de chants occitans à l’abbaye.
Les participants pourront profiter à la fois du cadre apaisant de l’abbaye, de la merveilleuse sonorité de l’église et du répertoire choisi alternant entre répertoires anciens ou récents ! C’est aussi une belle occasion de bénéficier d’une pédagogie originale sans partition et axée sur la mémoire corporelle ! Le cantaire Pascal Caumont a accepté de répondre à quelques questions au sujet de ce stage :

A qui s’adresse ce stage de fin octobre ?
Il s’adresse à toute personne résident en Occitanie mais aussi bien au-delà ! notre pratique vocale est très inclusive. Il s’agit seulement d’avoir un minimum de pratique du chant, mais absolument pas d’arriver en étant déjà spécialisé ou après avoir fait des années de chant traditionnel. Nous utilisons une technique accessible à chacun, et dans laquelle les personnes expérimentées peuvent aussi évoluer et progresser. En somme c’est ouvert à toute personne motivée qui a envie de progresser ou de découvrir.

Quel est le répertoire abordé au cours de ces 3 jours ?
Pour ce stage nous partagerons ensemble plusieurs styles de chants d’Occitanie : des chants festifs, des chants narratifs, des polyphonies sacrées, des chants pour la danse…

Quelle méthode privilégies-tu ?
Surtout la transmission orale des différentes voix; les textes sont donnés, dès le départ, mais pas les partitions, afin de créer les conditions d’une réalisation immédiate d’un son collectif vibrant, coloré, fusionnel. Un son qui « fait du bien », sans forçage vocal ou sonore, mais qui permet aux voix de se déployer, d’ouvrir leur spectre sonore.

Sylvanès : un cadre idéal de transmission pour toi ?
Oui vraiment. Les maîtres bâtisseurs possédaient la connaissance et la maîtrise de l’architecture en rapport avec le son, c’est réellement impressionnant dans le cas de Sylvanès. Et c’est une grande joie que de chanter dans l’abbatiale, j’en profite pour remercier les équipes qui font vivre ce lieu, cet endroit qui est un magnifique réceptacle pour les personnes motivées par le chant aujourd’hui !

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES ET FORMULAIRE D’INSCRIPTION

Elie Choufani, comédien libanais en résidence

Elie Choufani est un acteur libanais qui a travaillé sur plusieurs séries télévisées, pièces de théâtre, films et courts métrages primés. Elie a suivi sa formation d’acteur à l’Actors Workshop Beirut (AWB) sous la direction de Jacques Maroun et a participé à plusieurs ateliers de théâtre, à Beyrouth et à Los Angeles, notamment avec la metteure en scène et voix primée Susan Worsfold et le réalisateur et professeur de théâtre David Strasberg.
Il a été accueilli à l’Abbaye de Sylvanès du 15 au 22 août dans le cadre d’une résidence artistique au travers du programme NAFAS coordonné par l’ACCR ( mis en place afin de répondre à la crise culturelle qui frappe le Liban).

 

Qu’est-ce qui vous a amené à Sylvanès ?
Lorsque j’ai postulé au programme NAFAS de l’ACCR en 2021, c’était presque un coup d’épée dans l’eau ; je n’avais aucune attente quant à l’expérience, les centres d’accueil ou si je serais accepté…. Tout ce que je savais, c’est que je voulais apprendre et travailler ma voix.

Avec un objectif bien précis donc ?

En effet, lors de mon parcours de formation d’acteur, j’ai été amené à découvrir des écoles de travail de la voix (notamment auprès de Tarek Annish puis de Nadine George).
Ces ateliers m’ont appris que la source de la voix est le corps entier et pas seulement les cordes vocales, la gorge ou la poitrine ; La voix est une énergie reliée à la respiration. J’ai appris à libérer mon souffle et ma voix et cela m’a été très utile dans ma carrière d’acteur, car cette nouvelle voix libre m’a aidé à atteindre des nuances émotionnelles intéressantes et uniques.
L’objectif de cette résidence à l’Abbaye de Sylvanès était donc d’approfondir ces recherches sur la voix et de développer une méthodologie utile à la préparation et à la performance de l’acteur.

 

Quel était votre le programme vocal à l’abbaye?
Michel Wolkowitski, le directeur du centre culturel et du festival, également pédagogue de la voix a dirigé ma formation tout au long de mon séjour et a été un hôte formidable.
J’ai travaillé avec Michel quotidiennement, en me concentrant le déroulé d’une séquence complète à effectuer avant tout entraînement ou représentation vocale ou théâtrale. Michel m’a expliqué les bases de la technique Alexander (étirements, respiration et compréhension des cinq « charnières » du corps) puis des techniques d’échauffement respiratoire. Ce que j’ai appris, c’est que l’état de relaxation atteint après l’échauffement et la respiration doit être associé à une posture forte et « soutenue » afin de libérer la voix.

Cette séance était généralement suivie d’un travail vocal guidé au piano et d’une pratique du chant ou du monologue. Le travail sur le ton de la voix m’a également fasciné.

De nouvelles notions qui ont mûri au cours de votre résidence ?
Oui, tout à fait. J’ai senti que je progressais dans ce domaine de la voix. J’ai par exemple appris de mon travail sur le ton de la voix qu’il y a quelque chose de très intéressant pour un acteur d’atteindre les tons précis du chant ; cela crée en quelque sorte un sentiment de fraîcheur et de légèreté. J’ai également été étonné de voir l’effet de ce travail vocal sur mon articulation qui ne me satisfaisait pas toujours. Après ces exercices, mon articulation semblait être plus claire et plus vivante.

 

Avez-vous pu également profiter des concerts du festival ?
Oui, j’ai eu la chance d’assister à plusieurs concerts dans le cadre du 45e Festival de l’Abbaye de Sylvanès. J’ai été témoin de la beauté et de la puissance de la voix de différents styles musicaux. En assistant aux concerts et en écoutant les voix des chanteurs, du chœur, le son des instruments et en regardant les visages des spectateurs, j’ai réalisé que la beauté de la voix humaine est capable de créer une sensibilité chez son public. Et pendant toute la durée de la résidence, le mot qui n’a pas quitté ma tête était « sensibilité ».

Une « sensibilité » qui vous a touché ?
En effet, à Sylvanès, elle est présente partout : j’ai commencé à la remarquer dans la voix des artistes, dans leurs expressions faciales, dans le comportement des personnes, dans la nature environnante, dans les murs et les pièces de l’Abbaye.
Et je me suis dit que c’était ce dont mon pays avait besoin, plus de sensibilité. Avec tous les problèmes politiques et économiques auxquels le Liban est actuellement confronté, je m’inquiète personnellement de la perte de l’esprit sensible des Libanais. Je pense que plus le pays est confronté à des difficultés, moins les gens ont envie d’assister à des concerts, à des pièces de théâtre … et moins ils sont sensibles.

 

Un dernier mot sur votre séjour à Sylvanès ?
Le séjour à Sylvanès a été en soi une expérience inspirante. L’architecture de l’abbaye, et la beauté de la nature environnante ont un effet calmant et relaxant qui aide l’artiste à mieux se ressourcer intérieurement.
Les personnes fréquentant Sylvanès, y compris l’équipe, les professeurs, les artistes, les invités et les étudiants ont été très accueillants et d’un grand soutien. Michel Wolkowitski a partagé avec moi de nombreuses informations sur son parcours de vie avec la voix et le théâtre, l’histoire de l’Abbaye et son festival et a eu la gentillesse de me montrer un aperçu de quelques autres sites patrimoniaux de l’Aveyron.
Personnellement, je lui suis très reconnaissant pour cette magnifique expérience et garde en mémoire ses précieux conseils : pour rester sensible, toujours écouter et chercher l’énergie de la voix de l’intérieur.

Michel Wolkowitsky et Elie Choufani

 

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PULAK HALDER

SAJAN SANKARAN 

ELIYA FRANCIS  

Un émouvant concert de clôture

« Nous vivons un moment très difficile. Mais nous voulons continuer à chanter pour la paix » déclarait dimanche 28 août, à l’issue du concert de clôture du Festival, Yulia Khutoretskaya, les yeux embués de larmes. La jeune chef de chœur russe et son ensemble Khutoretskaya Vocal Consort se produisaient avec deux solistes ukrainiens et aux côtés du chœur d’hommes basques Anaiki. Pendant près de deux heures, ils ont partagé la scène avec une belle complicité et un équilibre parfait livrant de magnifiques et émouvants chants, issus du répertoire sacré et traditionnel de Russie, d’Ukraine et du Pays basque.

Cette rencontre polyphonique inédite, empreinte d’une intense émotion, restera un moment fort de cette édition :  le témoin d’un respect mutuel entre ces différentes cultures musicales mais aussi d’une fidèle et fraternelle amitié entre Jean-Marie Guezala, les chanteurs russes, ukrainiens et Michel Wolkowitsky.

Pour notre directeur artistique « les artistes ne doivent être les otages de la guerre »… Le public du festival ne s’y est pas trompé et les 600 personnes présentes dans l’abbatiale pour cet ultime rendez-vous musical de l’été ont offert aux trente artistes réunis sur scène une longue standing ovation !

Encore une fois, le Festival de l’Abbaye de Sylvanès a offert des espaces de liberté, d’émotions partagées et a permis, à travers la musique, de nourrir les esprits et d’apaiser les cœurs !

Vivement l’année prochaine pour une nouvelle édition !

Sajan Sankaran, entre pratique et partage !

Après plusieurs reports de sa résidence à l’abbaye de Sylvanès (depuis 2020), l’artiste indien Sajan Sankaran a enfin pu se poser en terre aveyronnaise, du 25 juillet au 6 août 2022 dans le cadre du dispositif « Odyssée » initié par l’ACCR.

Il s’agissait pour Sajan de sa première résidence en Europe avec pour objectif d’aller à la rencontre des personnes et d’explorer plusieurs milieux artistiques. Des souhaits qui ont été très largement concrétisés lors de sa résidence artistique à l’abbaye placée sous le signe du partage et des échanges.

 

DES ÉCHANGES PASSIONNANTS ET FRUCTUEUX

Lors de son séjour, l’activité artistique des stages et du 45e Festival était à son apogée à Sylvanès. Pas moins de quatre stages et masterclasses se déroulaient dans les murs du Centre culturel de rencontre ainsi que des concerts du festival de musiques sacrées-musiques du Monde.

La première semaine de sa résidence, la classe de maître encadrée par Élène Golgevit & Charlotte Bonneu cohabitait avec un atelier de chant sacrés d’orient et d’occident animé par Frédéric Tavernier-Vellas.
« L’énergie des chanteurs professionnels participant à la classe de maître de chant lyrique était très inspirante et m’a rappelé l’énergie de mon propre Gurukul [1]  où tous les enseignants sont eux-mêmes des musiciens professionnels et délivrent une formation individuelle intense pour chaque élève.
J’ai aussi apprécié d’expérimenter des chants sacrés européens : j’ai retrouvé de nombreuses similitudes dans l’approche de la voix avec la musique indienne.
Dans tous les cas, j’ai apprécié l’intérêt des enseignants et des participants pour la musique indienne et les nombreuses discussions sur la musique en général, la création musicale, l’approche et la philosophie de la voix ».

Lors de sa deuxième semaine, Sajan a eu l’occasion de rencontrer Johanni Curtet qui animait dans les murs une initiation au chant diphonique mongol. « Les chants de gorge sont une approche très particulière de l’utilisation de la voix. J’ai eu la chance de pouvoir longuement échanger avec Johanni – qui est aussi ethnomusicologue – sur de nombreux aspects de la musique, de la technique vocale dans les différentes formes d’art. J’ai appris beaucoup de choses sur la culture et l’art mongol et j’ai hâte de les découvrir davantage ».

L’Atelier de chant médiéval avec Els Janssens-Vanmunster et Caroline Marçot se déroulait sur la même période et a été le terrain de dialogues et de partages enrichissants : « La merveilleuse connexion avec les formatrices et participants de cet atelier nous a permis de réaliser une présentation collaborative à l’issue de celui-ci, intégrant mes improvisations à l’une des pièces d’Hildegarde chantée par les stagiaires. Permettre la confluence de ces deux traditions de chant et expérimenter leur coexistence était une puissante expérience. J’ai découvert de nombreuses possibilités de collaboration entre la musique dhrupad et la musique médiévale d’Europe».

Concernant les concerts du 45e Festival auquel Sajan a assisté (Musique baroque, Flamenco, Nuit à l’Opéra, Trompette et Orgue … ) ce fut aussi pour lui une riche découverte : « Même si j’avais déjà écouté certaines de ces formes musicales auparavant, ce n’était que par le biais d’enregistrements. Aussi, pouvoir assister à ces concerts, observer les attitudes des artistes et leur approche de la musique avant de pouvoir échanger de vive voix avec eux était une expérience formidablement enrichissante».

 

ENTRE MUSIQUE DHRUPAD ET PHILOSOPHIE DU YOGA

En dehors de la collaboration avec l’atelier de chant médiéval, Sajan a pu effectuer dans l’église abbatiale deux présentations de Dhrupad qui ont été très bien accueillis par le public, généralement peu familier avec la musique indienne.

Pour la petite histoire, c’est pendant ses études à Bombay que Sajan se découvre un intérêt pour la musique classique indienne. Il fut introduit dans ce milieu par Shri Harshal Pulekar et le professeur Milind Malshe. Suite à sa découverte du dhrupad, cette autre forme de musique classique indienne, il décide de s’y consacrer et eut la chance d’être accepté comme élève par les frères Padma Shri Gundecha – les musiciens les plus en vue du dhrupad aujourd’hui.

Sajan enseigne aussi le Yoga et le Pranayama. Il a profité de son séjour à Sylvanès pour proposer quelques séances d’enseignement et s’adonner également à un travail de recherche autour de la convergence qui existe entre la musique Dhrupad et philosophie du yoga.

« Ce fut une très bonne expérience d’être à Sylvanès. Je me réjouis de poursuivre les amitiés et les interactions avec toutes les personnes merveilleuses que j’y ai rencontrées !
Ce fut formidable et inspirant d’interagir avec le directeur Michel Wolkowitsky qui a régulièrement pris le temps de découvrir ma pratique, de me parler de la sienne et d’échanger quelques points de vue sur la musique en général. Tout cela a constitué de belles conversations humaines et musicales.
Une résidence très productive qui donnera lieu, je l’espère à de nombreuses autres interactions et échanges enrichissants».

Nous n’en doutons pas et souhaitons à Sajan de belles nouvelles aventures et une bonne continuation dans tous ses projets  !

Sajan Sankaran et Michel Wolkowitsky

 

[1] Un gurukul est une école traditionnelle en Inde où les élèves (shishya) vivent près de leur gourou (enseignant), souvent dans le même logement, comme une sorte de famille.

 

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PULAK HALDER

ELIE CHOUFANI

ELIYA FRANCIS  

Revisitez l’épopée cistercienne avec le « Moinopoly » !

Pour la fin des vacances d’été et l’après-saison, un nouveau support de visite est disponible à l’abbaye de Sylvanès. Que vous soyez en famille ou entre amis, pour les petits et grands enfants, de 7 à 77 ans, nous vous proposons de prendre le temps de découvrir l’histoire de l’ordre de Cîteaux par le biais d’un jeu de société, très librement inspiré du Monopoly.


Ce « Moinopoly », comme nous l’appelons, met les joueurs dans la peau de moines cisterciens qui cherchent à étendre leur influence sur la société à la suite de la mort de Bernard de Clairvaux, le cistercien le plus influent du XIIe siècle. Le but est donc, dans un premier temps, d’acquérir une ou plusieurs abbayes cisterciennes présentes sur le plateau de jeu, puis de les faire prospérer tout en s’adaptant aux coups du sort qui vont s’inviter en cours de partie, par le biais de cartes « fléaux » et « miracles ». Parmi ces cartes se trouve l’évènement « Révolution » qui marque la fin de la partie, au moment de la nationalisation des biens du clergé, en 1791. Le joueur qui, à ce moment, aura le plus de « points d’influence », la monnaie du jeu, gagne la partie.

De manière amusante, ce jeu permet d’en apprendre un peu plus sur tout ce qui fait la particularité de l’ordre cistercien, en restant très accessible. C’est dans cette optique que nos deux stagiaires en médiation culturelle, Blandine et Chloé, l’ont conçu.

En espérant vous voir nombreux pour essayer cette première édition !

Blandine et Chloé, stagiaires en médiation culturelle et conceptrices du « Moinopoly »

 

Carnet de résidence d’Eliya Francis

Nous avons eu l’immense plaisir d’accueillir l’artiste libanais Eliya Francis à l’Abbaye de Sylvanès du 5 au 25 juillet 2022 dans le cadre d’une résidence artistique organisée dans le cadre du programme NAFAS mis en place par l’Association des Centres culturels de rencontre.

L’objectif de ce programme NAFAS est de répondre à la crise qui frappe la scène culturelle libanaise et de permettre à des artistes libanais de résider dans un Centre culturel de rencontre afin d’expérimenter, créer et enrichir leur pratique.

Eliya Francis est un ténor libanais. Il a étudié la musicologie et le chant d’opéra classique à l’Université Saint-Esprit de Kaslik et a participé à plusieurs masterclasses internationales en France, en Italie, en Russie et en Allemagne. En 2012, il a remporté le prix Murex D’or du meilleur chanteur d’opéra du Moyen-Orient.

Eliya devant l’abbatiale de Sylvanès

Eliya a beaucoup apprécié son séjour parmi nous et a eu la gentillesse de rédiger quelques lignes sur son ressenti et son vécu de résidence. Nous avons l’immense plaisir de partager ci-dessous son chaleureux témoignage :

« J’écris cette lettre assis sur la rive de la timide rivière qui s’assèche presque et les brises du vent d’été soufflent de temps en temps. J’écris sur la fin de ma résidence à l’Abbaye de Sylvanès.
Que puis-je dire de cet endroit merveilleux ? Comment décrire la beauté et le charme de cette abbaye entourée d’arbres, d’eau, d’oiseaux, d’air frais et surtout de belles personnes.
Ici, on oublie les soucis de la vie, nous revenons aux racines où ni la télévision ni les réseaux sociaux ne nous détournent de la beauté de la nature.

Cette Abbaye, labellisée Centre culturel de rencontre reçoit des artistes du monde entier et les rassemble au nom de l’art, de la culture et de l’échange d’expériences. À chaque fois que je rencontre quelqu’un, il me dit que ce n’est pas la première fois qu’il participe à des stages dans ce lieu. Bien sûr, je connais très bien la raison de tous ceux qui viennent ici plus d’une fois, c’est Sylvanès le village charmant qui nous fascine sans qu’on s’en rende compte, alors on ressent le besoin de revenir une deuxième, une troisième… puis une dixième fois.

Je viens du Liban, le pays de la paix, de l’amour et de la beauté, du «SETTEDDONIA» la dame du monde BEIRUT, qui par jalousie de sa beauté, voulait qu’elle soit détruite. Ce fut la troisième plus grande explosion au monde qui a secoué toute l’humanité. Mais ils ont oublié que le Liban et les libanais sont du pays du phénix, qui se consume et renait de ses cendres. Alors je suis venu ici pour retrouver ma vie musicale.

L’atmosphère que procure cette abbaye convient très bien à quiconque veut se concentrer pour créer et produire de l’art. J’ai commencé à travailler sur un projet de fusionnement de la musique arabe orientale et occidentale, je me voyais participer à la masterclass de chant lyrique dirigées par Frédéric Gindraux, comme au stage « Chanter en Famille » dirigé par Béatrice Gaussorgues. Et avec mon grand amour pour ces familles qui viennent de toute la France louer Dieu avec leurs voix merveilleuses, j’ai eu l’occasion de leur apprendre un hymne en langue libanaise, et la grande surprise qu’ils l’ont chantée dans la messe du dimanche.

Aussi j’ai eu la chance de faire connaissance avec Bernard Tétu, chef de chœur modeste, très bon et au sourire affectueux. J’ai partagé beaucoup de discussions avec lui et les membres de l’Atelier-Choral qu’il encadrait durant une semaine à Sylvanès.  J’ai senti leur intérêt et la conscience de tout ce qui se passe au Liban, et à quel point ils sont solidaires avec les libanais.

À tout le personnel de l’Abbaye de Sylvanès, administrateurs, cuisiniers, agents d’entretien, techniciens et stagiaires, je vous remercie du fond du cœur pour votre travail, votre passion et votre esprit de famille, qui se reflètent sur nous. Alors on se sent chez soi.

Enfin, je fais comme aux noces de Cana de Galilée, je laisse le bon vin pour la fin, pour parler d’un leader, pédagogue, père, frère, ami… L’évocation de toutes ces qualités ne me suffit pas pour remercier Michel WOLKOWITSKY, pour son attention et sa présence dans les moindres détails lors de ma résidence à l’Abbaye.

Eliya et Michel Wolkowitsky, juillet 2022, Abbaye de Sylvanès

  •  Merci de m’avoir accordé de ton temps pour travailler sur ma voix.
  • Merci pour tout le temps de qualité qu’on a passé ensemble à Sylvanès et aux alentours
  • Merci de m’avoir donné l’opportunité de rencontrer des artistes du monde entier et de découvrir cette belle région
  • Merci de m’avoir offert la chance d’assister aux concerts du 45e Festival prévus durant ma résidence.
  • Merci pour le cadeau que tu m’as offert le jour de ma fête.

Comme j’aurais aimé que cette résidence dure plus longtemps.
Mais, je finis comme j’ai commencé : tout a une fin, je n’oublierai jamais les moments précieux et la chance que j’ai eue d’être ici, je remercie Dieu pour la fin de cette heureuse histoire.

Eliya FRANCIS, Sylvanès, 24 juillet 2022

 

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PULAK HALDER

ELIE CHOUFANI

SAJAN SANKARAN

Traverser le Monde grâce au Festival !

Ce dimanche 17 juillet, à Sylvanès, tandis que s’échappaient les dernières lueurs d’une chaude journée, l’ensemble Constantinople, dirigé par Kiya Tabassian, s’est associé au chanteur et joueur de kora Ablaye Cissoko pour nous transporter d’un bout à l’autre des mers et des océans, au-delà desquels les quatre musiciens présents sur scène puisent leurs inspirations.

© Marie Lamour

De la complicité présente entre les artistes naquit une musique originale, pleine de poésie et de délicatesse. Face à nous, contrebasse, jouée par Leonardo Terrugi, sétar, joué par Kiya Tabassian, et kora se sont retrouvées. Cordes et voix se sont alors entremêlées, au rythme des percussions de Patrick Graham, dans des pièces revisitées, issues de répertoires baroques et traditionnels cosmopolites, des compositions mais aussi des passages improvisés, offrant ainsi au public une performance unique.

Une fois la nuit tombée, le concert s’est achevé sous les longs applaudissements d’un public conquis par ces musiques d’ailleurs. Une première semaine de festival pleine d’émotions, qui laisse présager un été riche en découverte et en émerveillement !

Guillaume Sisiak

Le photographe Pulak Halder accueilli en résidence

C’est avec grand plaisir que nous avons accueilli, du 24 au 29 juin, le photographe indien Pulak Halder dans le cadre d’une résidence artistique organisée en collaboration avec l’Association des Centres Culturels de Rencontre. Sa présence à l’abbaye de Sylvanès constitue la dernière étape (après La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon et de l’Abbaye Royale de Fontevraud)  d’un voyage long d’un mois en France  !
Au cours de son séjour, Pulak Halder aura pu travailler plus en profondeur sur son projet intitulé « Painting with Camera » [Peindre avec un appareil photo]. Intimement convaincu que « rien n’est terne ou insignifiant pour nous si nous l’examinons dans toute sa complexité », l’artiste travaille autour de différentes techniques de macrophotographie pour faire surgir, au creux des vues les plus banales, des scènes dignes des plus grandes peintures impressionnistes.

Nous avons pu interrompre son travail pour une brève entrevue consacrée à son expérience en France.

Pouvez-vous nous présentez votre parcours artistique ? Comment en êtes-vous venu à la photographie ?
J’avais l’habitude par le passé de prendre des leçons de modelage d’argile et de peinture, donc c’est par ces activités que j’ai commencé. Elles étaient néanmoins très difficiles, c’est pourquoi j’ai choisi l’appareil photo pour poursuivre mon activité artistique. J’ai toujours été attiré par la nature : j’avais l’habitude de prendre des photographies des paysages de montagnes lorsque j’allais randonner. En Inde, les montagnes de l’Himalaya sont très belles. C’est ainsi que j’ai commencé.
Il existe un pan en photographie qui se concentre sur des photographies de petites fleurs, d’insectes…ce type de détails. Donc quand j’allais randonner, je me concentrais sur les petits insectes. Un jour, alors que j’essayais de faire le focus sur un insecte posé sur un tronc d’arbre, j’ai vu, à travers l’objectif de l’appareil photo, sur le tronc d’arbre et à côté de l’insecte, une belle forme humaine. J’ai donc essayé de me concentrer sur ça, délaissant l’insecte. Et peu à peu, j’ai essayé d’obtenir d’autres photographies comme celle-ci. Pas régulièrement, mais je recherchais ces détails, ces formes humaines… C’est devenu très populaire.

Mon travail fut exposé par l’ICCR [Indian Council for Cultural Relations] qui, lorsqu’il vit mes photographies, m’organisa une exposition personnelle. Ce fut une autre source de motivation pour moi.
Par la suite, à Santiniketan, dans l’Etat indien du Bengale-Occidental, dix de mes photographies ont été choisies par Prakriti Bhavan – l’unique galerie d’art nature du pays – pour être exposées à vie.

 

Comment est né le projet sur lequel vous travaillez actuellement, Painting with Camera ?
Durant la pandémie de covid19, quand je n’avais pas la possibilité de sortir de chez moi autant qu’auparavant, lorsque je voyais des choses ordinaires telles que les banales vues des rues, des murs…elles m’apparaissaient de manière différente. Au début, quand je prenais des photographies de ces choses-là, je ne visais pas ce type de résultat : je faisais de l’abstrait. Puis un jour, alors que je prenais une photographie abstraite, j’y ai vu un beau paysage – exactement comme la fois où j’avais trouvé un visage humain avec l’insecte. Je me suis senti tellement effrayé : comment est-ce possible ? Est-ce de mon fait ou le travail d’une autre personne ? C’est impossible ! C’était comme de la magie, comme un miracle.

Pouvez-vous nous parler de votre expérience en résidence à travers la France ?
Avant toute chose, j’ai beaucoup aimé toute cette période de résidence. C’est la première fois que j’ai une telle opportunité. Quand je suis arrivé à Avignon, c’était une toute nouvelle expérience car l’église est immense. Je n’avais jamais vu ce type d’église en Inde. Et par le passé, quand je me rendais sur d’autres sites, j’y allais comme un touriste, sur les heures de visite. Mais là j’avais une totale liberté sur quand je venais et où j’allais. Je pouvais prendre les photos que j’aimais ; c’était vraiment intéressant pour moi.
Puis, après Avignon, je suis arrivé à Fontevraud. C’était un autre site immense, avec tant de choses à voir. Je suis allé à la bibliothèque et j’ai vu que de nombreuses personnes, d’autres photographes, avaient travaillé sur ce monument, que de nombreux travaux avaient déjà été faits et étaient consultables. Donc j’ai parcouru ces livres en tentant de comprendre ce que je pouvais faire.
Enfin, je suis arrivé ici. Le voyage en lui-même, les paysages, étaient très beaux. A Sylvanès, je me suis senti beaucoup plus comme à la maison. Les gens sont proches, vous êtes comme une famille. Je n’ai jamais eu le sentiment d’être un étranger. Dans l’ensemble, mon expérience ici fut très positive.

Concernant votre travail ici à Sylvanès, êtes-vous satisfait par les photographies que vous avez pu prendre ? J’ai souvenir d’une discussion, dimanche dernier, au cours de laquelle vous me disiez que vous rencontriez des difficultés à prendre en photo la voûte de l’église.
Oui, c’est très intéressant : tout au long de ce voyage, à Avignon, Fontevraud et puis ici, les structures architecturales de base sont similaires. Mais ici, il y a vraiment quelque chose de différent. Je n’ai pas pu recourir à la même technique dont je me sers habituellement pour prendre des photographies d’architecture. Je n’ai pas pu l’appliquer à cette architecture-ci : c’est donc devenu un défi. Je prenais des photos mais je ne réussissais pas à retranscrire l’effet de ce que, physiquement, je voyais et appréciais. J’ai alors essayé quelque chose de différent et j’ai exploré. Mais le lieu est magnifique !

 

Exemple de travail réalisé  par Pulak à Sylvanès à partir d’un détail d’une fresque : un vrai tableau impressionniste  ! 

Enfin, quels sont vos projets pour le futur, une fois de retour en Inde ?
Je dois faire une sorte de petit livre et une exposition de mon travail en Inde – et peut-être aussi à Avignon. J’ai soumis mon travail au directeur de la Collection Lambert, une collection d’art contemporain que j’ai visitée à Avignon. Il était très impressionné, donc c’est possible. Il faut soumettre mon travail à un comité qui en débattra. Et si j’ai l’opportunité de le montrer dans d’autres lieux, je le ferai. Je cherche les opportunités.
En Inde, le samedi et le dimanche, je fais une pause et je prends des photos ; puis durant la semaine, je travaille. La photographie est un loisir ; officiellement, je travaille comme scientifique dans un laboratoire de recherche. C’est la première fois que je peux passer autant de jours successifs à faire de la photographie, à penser à toutes ces techniques… Je peux uniquement faire cela lors d’une résidence. Je suis donc très reconnaissant envers l’ACCR pour cette expérience différente.

Cette mobilité s’inscrit dans le programme de résidences Odyssée, porté par l’Association des Centres Culturels de Rencontre et soutenu par le Ministère de la Culture et de la Communication, qui permet depuis 2003 à divers artistes, chercheurs et professionnels de la culture étrangers d’effectuer des résidences dans des centres culturels de rencontre français. Prenant en charge le logement, les frais de voyage et octroyant une bourse à chaque lauréat, l’association des Centres Culturels de Rencontre leur offre ainsi un temps de travail privilégié dans des cadres patrimoniaux exceptionnels tout en promouvant l’échange interculturel entre professionnels français et étrangers.

 

Propos recueillis, traduits et retranscrits par Blandine Bousquet, stagiaire au service médiation

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ELIYA FRANCIS 

ELIE CHOUFANI

SAJAN SANKARAN

 

Sylvanès célèbre la nature !

L’abbaye de Sylvanès a accueilli, les 17, 18 et 19 juin derniers, la onzième édition de l’événement Forêt en Fête. L’objectif : découvrir ou redécouvrir, en famille, les merveilles de la biodiversité de nos forêts.

Les festivités ont commencé le vendredi soir, au cinéma de Camarès, par la diffusion du film “Le Chêne” en présence du réalisateur Laurent Charbonnier. Un passionnant récit tout en poésie de la vie animale autour d’un arbre centenaire, et qui n’a pas manqué d’émouvoir les 80 spectateurs réunis.

Le week-end s’est poursuivi dans les alentours de Sylvanès par des balades et randonnées forestières, accompagnées par des guides naturalistes ayant à cœur de valoriser le patrimoine naturel local. De quoi s’être dégourdi les jambes tout en admirant les richesses de la nature !

Le dimanche, des ateliers et activités créatifs et participatifs ont occupé petits et grands. Un public nombreux est venu assister aux animations familiales proposées par les associations Millefeuilles et Kermit, ainsi que la MFR de Saint-Sernin-sur-Rance. Elles ont permis d’observer les insectes et autres reptiles qui peuplent nos régions, et de comprendre comment fonctionne tout cet écosystème fascinant.

Inédit cette année, l’animation « grimpe d’arbres » encadrée par Rémi Josserand a remporté un grand succès !
Le public a également pu profiter des multiples stands d’artistes et d’artisans présents sous le cloître, des expositions photos et de la “bibliothèque forestière” de la Bibliothèque intercommunale de Camarès, mise à la disposition des enfants et des parents !

Ce week-end de célébration de la nature n’aurait pas pu se finir sans un spectacle burlesque hilarant de la Cie Mungo, sur le thème du réchauffement climatique. Un moment plein de légèreté et de pédagogie pour initier les enfants et leurs parents aux transformations positives.

Spectacle burlesque de Isabelle Bach de la Cie Mungo

A défaut du feu du solstice d’été auquel il a fallu renoncer pour cause de sécheresse, le groupe Brick à Drac a enflammé le parvis de l’église avec sa musique aux influences folk, rock et celtiques alors qu’Aurélie et son équipe du Lieu-dit ont régalé les pupilles du public !

Bilan très positif pour cette édition qui a réuni près de 400 personnes sur le week-end : un avant-goût de la saison à venir, qui se poursuit à Sylvanès dès le 14 juillet avec le 45e Festival de musiques sacrées, musiques du monde !

 

Chloé Paveau

Des pieds et mains pour la Forêt !

Mardi 14 juin, l’abbaye de Sylvanès et sa prairie se sont transformées en salle de classe à ciel ouvert à l’occasion d’une journée pédagogique et ludique spécialement dédiée à l’écosystème forestier. Tous les ans depuis 2016, différentes classes des environs se retrouvent au mois de juin à l’occasion d’une rencontre inter-écoles co-organisée par le Centre Culturel de Rencontre de l’abbaye de Sylvanès et l’association d’éducation à l’environnement Millefeuilles, intitulée « Des Pieds et des Mains pour la forêt ».

Tout au long de la journée, les équipes de médiation de l’abbaye et de professionnels de l’environnement de Millefeuilles ont pu proposer de nombreuses activités mêlant science, jeu et culture afin de sensibiliser des enfants de maternelle et d’élémentaire à la richesse de l’écosystème forestier qui les entoure. Toucher, sentir et observer : tels étaient les maîtres mots de cette journée riche en découvertes, qui visait à susciter la curiosité des enfants sur leur environnement pour mieux les inviter à le préserver.

Les plus jeunes auront ainsi pu tour à tour découvrir par des jeux visuels différents insectes qui peuplent la nature, suivre un parcours sensoriel et conté à travers la prairie de l’abbaye, jouer à des jeux en bois artisanaux ou  encore écouter à l’ombre des arbres des lectures d’albums jeunesse autour de la nature.

Les plus grands, quant à eux, n’auront pas hésité à enfiler leurs bottes en caoutchouc pour découvrir la vie des invertébrés aquatiques, avant de partir à la chasse aux insectes à travers la prairie ! Des jeux en bois plus complexes leur ont également permis de faire une pause ludique tandis qu’une intervention d’un guide et médiateur de l’abbaye les a replongés au temps des moines cisterciens pour comprendre leur relation à la nature.

L’alternance entre certaines activités plus calmes et d’autres plus actives auront permis aux enfants d’apprendre en s’amusant et en expérimentant, tout en étant les principaux protagonistes de chacune des aventures proposées. Au terme d’une journée bien remplie, les élèves tout comme les enseignants sont repartis avec un grand sourire et de nouveaux savoirs !

Blandine Bousquet