Eva Vlavianos nous a quittés

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès de notre amie Eva Marava Vlavianos survenu en mars dernier.
Très attachée à l’abbaye de Sylvanès, elle y a encadré de nombreux stages d’iconographie byzantine pendant plus de 20 ans.
De nationalité grecque, Eva était diplômée d’Etat en iconographie et restauration d’icônes.
Les cours, les stages, les conférences ainsi que sa production personnelle lui ont permis d’acquérir une grande expérience sur les sujets religieux, ainsi que la technique et surtout la transmission de son art à celles et ceux en quête de spiritualité.

« L’échange crée entre les croyants de profonds liens oecuméniques, solides et amicaux. La technique, rigoureuse demande discipline et précision. Le choix du bois et sa préparation avec un mélange chaud composé de colle et de craie, l’or, les couleurs en poudre, le vernis nécessitent un travail appliqué et sérieux. Le symbolisme embellit la mise en couleur de paroles des Evangiles. Les témoignages de personnes, aussi bien de clercs que de laïcs, sont unanimes : en réalisant une icône, on dessine ce que Dieu dessine en nous : Amour, Partage, Joie. L’apprentissage est long car on interprète le sacré dans toute sa splendeur et il faut arriver à l’honorer avec respect et humilité. » 

Eva Vlavianos

Nous gardons précieusement  le souvenir de ton sourire, de ta gentillesse, de ton talent que tu savais transmettre avec passion !  Au revoir Eva  ! 

 

 

 

Rencontre avec Christopher Gibert, compositeur

Originaire de Rocamadour, ce jeune organiste, chef de chœur et compositeur s’est produit l’été dernier dans le cadre du festival avec son chœur de chambre Dulci Jubilo. Il reviendra lors de la saison 2022 pour une commande du 45e Festival.

A 28 ans, votre vie musicale est déjà bien remplie. Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Organiste à l’origine, j’ai étudié au conservatoire et à l’université en parallèle, aboutissant à un Master, un Diplôme d’Etat de professeur de musique, une licence d’interprète (DNSPM), un Prix d’analyse et un Prix de direction. J’ai eu la chance de croiser durant mes études des pédagogues inspirants qui m’ont construit et donné le goût du beau, la curiosité d’aller chercher une interprétation profonde et vraie. Je pense à Régine Théodoresco, Agnès Brosset, Gildas Pungier, Naji Hakim, Michel Bouvard, Rolandas Muleïka et tant d’autres professeurs bienveillants et passionnants.
J’ai fondé durant mes études le chœur Dulci Jubilo, devenu quelques années après un chœur de chambre professionnel. Mais je continue ce projet avec la même idée initiale : des artistes qui offrent leur talent à la musique, qui ont plaisir à partager leur passion du métier, et plaisir à se retrouver. Je porte une particulière attention à associer les voix de chacun en cohérence avec le répertoire abordé.

Christopher Gibert, Sylvanès 2021, © Marie Lamour

Comment êtes-vous arrivés à la composition ?
Par curiosité, envie d’expérimentation et par besoin de dire des choses grâce à la musique. Je n’ai pas suivi d’études supérieures en composition. J’ai en revanche fait mes classes d’écriture et de styles. Ma soif intarissable de découverte de répertoire, sans cesse à étudier, digérer, analyser, et les conseils amicaux de Naji Hakim, Patrick Burgan ou Thierry Escaich ont fait le reste.
En fait, je me conforme assez peu au modèle français du compositeur, qui dans la plupart des cas réalise des études spécialisées pour en faire son métier. Pour chercher une filiation, je me sens plus proche -par ma spécificité pour la composition chorale- de la lignée des organistes et chefs de chœurs anglais qui parallèlement à cela sont souvent des compositeurs très prolifiques.

A quand remonte votre première venue à Sylvanès ?
J’y suis venu, il y a quelques années chanter un Te Deum de Charpentier avec Antiphona, dirigé par Rolandas Muleïka. J’avais été séduit par ce lieu, assez isolé mais si vivant. Plus récemment, j’ai pu y passer quelques jours lors d’une résidence et j’ai été profondément touché par l’atmosphère positive et le calme de l’abbaye. C’est un lieu idéal pour s’épanouir artistiquement.

Comment avez-vous vécu votre concert donné cet été au festival ?
Un grand moment d’émotion, de communion avec les chanteurs, Thomas (l’organiste) et le public. Sylvanès est un lieu où l’on nous donne le temps de travailler, où l’accueil est serein et bienveillant. Toute l’équipe était ravie de ce moment, très intense ! Avec Thomas Ospital, nous avons aussi savouré ce moment en ayant le temps de travailler ensemble la veille, les choix de registrations de l’orgue.

Concert « Reflets croisés », août 2021, Festival de l’Abbaye de Sylvanès

Cela joue sur la subtilité du rapport entre l’instrument et le choeur. Souvent dans les festivals, les répétitions sont au lance pierre et ce temps là est très réduit voire inexistant. Nous nous faisons confiance, mais le travail est moins abouti avec autant de sérénité et d’assurance dans les équilibres.

Quelques mots sur votre projet de composition « Ode à l’Enfant Lumière » qui sera créé au festival le 7 août 2022 ?
Tout d’abord, je tiens à remercier Michel Wolkowitsky pour la confiance qu’il m’accorde dans la commande de cette oeuvre. « Ode à l’enfant lumière » est une cantate spirituelle dont le fil conducteur sont les textes lumineux de la messe de requiem. Ils sont mis en regard avec des poèmes, des textes hébreux et orthodoxes.
Mon idée est de construire à partir de cette source littéraire très riche un discours musical qui parle d’abord au coeur et à l’âme. Le choeur sera soutenu par l’orgue, un percussionniste et une harpe. Il y aura deux solistes, une voix de femme (soprano) et une voix d’enfant, plus fragile, plus pure encore. Cette fresque aux nombreuses couleurs de lumière sera mise en regard avec le fameux Requiem de Fauré, magnifique « berceuse de la mort » aux si tendres lignes et harmonies. Malgré la thématique aux apprêts tristes, je gage que ce programme et cette création seront marqués par l’espoir, la quiétude, la confiance et l’espérance.

 

Marc Loopuyt, explorateur et créateur en musiques traditionnelles

Marc Loopuyt, est-ce que vous pouvez vous présenter ?
On rougit toujours quand on doit se présenter soi-même ! (rires…) C’ est un peu difficile de trouver les mots pour résumer une saga musicale et humaine qui dure depuis plus de 50 ans ! En fait, j’ai toujours eu la chance d’avoir des éléments qui m’ont mis sur le chemin des musiques traditionnelles : instruments, voyages, séjours… et même tranches de vie.
Le premier élément mis sur ma route a été le flamenco, grâce à des immigrés andalous connus à Strasbourg et avec qui j’ai commencé la guitare. J’ai fait de multiples séjours en Andalousie pendant plus de 5 ans puis j’ai franchi le détroit de Gibraltar et j’ai passé 9 ans au Maroc : d’abord dans les montagnes chez les berbères, et ensuite à Fès, berceau de la musique arabo-andalouse.
Après le Maroc, je suis reparti en Turquie, où j’ai retrouvé la trace d’un grand maitre de luth oriental. J’y ai passé plusieurs années jusqu’à ce qu’il décède. Ensuite, je suis retourné en Orient, en Syrie et en Azerbaïdjan, dans le Caucase, pour travailler avec les gens dont la musique est la plus proche du chant des oiseaux.
Après tout ça, j’ai eu un poste de musique traditionnelle au conservatoire de Villeurbanne et j’ai continué parallèlement tous mes voyages et mes concerts. Désormais en retraite de ce poste de conservatoire, je suis dans un autre aspect de la musique universelle, dont les caractères correspondent d’ailleurs à la musique orientale : c’est le chant des oiseaux.
Ce qu’il faut souligner, c’est que tous les enseignements que j’ai reçus, en Espagne, au Maroc, en Turquie, en Azerbaïdjan etc se sont faits dans l’oralité ; c’est le passage direct de la musique, de celui qui connait à celui qui ne connait pas. Et donc tout ce que j’essaie de restituer passe également par l’oralité.

 

Le stage que vous animez du 10 au 13 août s’intitule « Chants de la Méditerranée : Danser et rythmer le chant », en quoi consiste-t-il ?
Il s’agit de faire fonctionner cette concomitance entre le chant et le rythme, qui manque souvent aux musiciens occidentaux qui sont passés par les conservatoires et donc essentiellement par l’écriture. Ils ont une conception du rythme pointilliste et géométrique, alors que pour les orientaux, le rythme est en phase avec la respiration profonde.
Pour apprendre les musiques de la Méditerranée, on doit apprendre le rythme en passant par la danse, par la respiration, par le corps… C’est cette conjonction-là entre le rythme profond qui soutient le chant que j’enseigne. Ça concerne des pièces du flamenco léger, les musiques de l’Afrique du Nord, de Turquie, certaines musiques arabes du Proche-Orient, de l’Azerbaïdjan, etc… et chaque fois c’est le même principe.


En plus, il y a un autre aspect qui est important dans le stage, c’est le fait que c’est un enseignement collectif : cela donne une force et une incrustation dans la mémoire qui est très particulière. On travaille toujours en cercle, parce qu’il y a quelque chose de magique dans la transmission. Dans ce cercle on est tour à tour assis, en train de chanter, debout, en train de danser et de chanter. Il y a aussi l’enseignement du tambourin et tout cet apprentissage débouche sur l’improvisation.
En résumé, le contenu du stage c’est : oralité collective, rythme et improvisation. C’est l’idée de renforcer l’équilibre rythmique dans la pratique des chanteurs.

Quel est le profil des stagiaires ?
Dans les profils, il y a des gens qui ont fait de la musique en conservatoire, des gens qui n’en ont pas fait, des gens qui chantonnent comme un oiseau sur leur branche, ou des gens qui ont une technique instrumentale.
Les points communs des stagiaires, c’est leur détermination et leur recherche de retour au naturel.
La détermination existe chez des personnes qui ont des profils très différents. J’ai des élèves qui viennent de l’académie, des conservatoires et qui manquent quelquefois de continuité, de souffle et de fluidité. Dans mon stage, on n’utilise pas l’écriture, ni la lecture du solfège : la musique traditionnelle s’enseigne comme vous-même avez appris à parler le français. Quand vous étiez bébé, on ne vous a pas assommé avec l’alphabet écrit, vous avez appris à parler par imprégnation. Cette idée fait partie de l’enseignement des musiques traditionnelles et ça concerne tout le monde. Il y a un aspect d’enfance. L’enfant a une réceptivité et quand il est heureux il danse, il a un sens rythmique. Donc le second point du profil, c’est un retour au naturel.

Quel est l’âge des stagiaires que vous avez déjà eu à Sylvanès ?
On a déjà eu des personnes de 20 à 75 ans ! Cela m’est déjà arrivé de faire travailler des générations différentes en même temps et ça ne pose aucun problème. Parce que quelque part, par exemple pour de jeunes enfants ou adolescents, on peut faire ressurgir une spontanéité qui rafraîchit complètement la psychologie d’un groupe.

Plus de renseignements sur ce stage du 10 au 13 août à Sylvanès.

 

Un mot sur ce lieu  : l’abbaye de Sylvanès que vous connaissez bien ?

Il y a 2 endroits qui sont déterminants pour moi :
• le scriptorium, quand je peux y travailler, on est tellement bien que les élèves ne veulent pas le quitter le soir ; on fait des fois 6-7h de musique dans la journée alors qu’il y en avait 5 d’annoncées ! Dans l’architecture du scriptorium, il y a vraiment quelque chose de merveilleux !
l’église abbatiale où j’ai fait plusieurs concerts avec des formules variées, qui vont de 1 à 8 ou 9 musiciens. Un spectacle qui a beaucoup compté pour moi, c’était il y a quelques années déjà, « Les deux Andalousies », sur les musiques des deux rives du détroit de Gibraltar, puisque j’ai vécu des deux côtés.

Les deux Andalousies , juillet 2017, Festival de l’Abbaye de Sylvanès © Orlane Fougeroux

 

Interview réalisé par Chloé Avoiron, stagiaire au service communication

Trois étudiants embarqués dans l’aventure !

De nouveaux visages parmi l’équipe ! Voilà déjà un mois que Maëlyse, Chloé et Guillaume ont rejoint Sylvanès en renfort de l’équipe permanente aux services médiation tourisme et communication du Centre culturel de rencontre.  Ils réalisent tous les trois, dans le cadre de leurs études, un stage à l’abbaye jusqu’à la fin de la saison.

Maëlyse Saint-Léger a 24 ans. Originaire de Nîmes, elle est actuellement en master professionnel Patrimoine à l’université de Toulouse Jean-Jaurès (Antenne de Cahors). Sensibilisée depuis toute petite à la musique au sein du cercle familial, ce n’est pas un hasard si son choix de stage s’est porté sur ce haut lieu de la musique ! « J’apprécie particulièrement le cadre de travail et réaliser mon stage dans un lieu éloigné de la ville et serein me tenait à cœur ». Outre la partie accueil des publics et visites guidées du site, l’aspect événementiel l’intéresse tout particulièrement. Voilà pourquoi la mission de l’organisation du marché de producteurs de fin d’été qui lui a été confié la réjouit. « C’est une expérience toute nouvelle pour moi et j’ai vraiment hâte de découvrir et vivre la période du festival »!

Agé de 26 ans, Guillaume Sisiak vient de la Somme et est étudiant en licence professionnelle « protection et valorisation du patrimoine historique et culturel » à l’Université d’Amiens. Ce jeune passionné de musique, lui-même guitariste avait soif de nouvelles découvertes qu’elles soient géographiques, patrimoniales, culturelles ou musicales. Et c’est aussi tout naturellement qu’il a répondu à l’offre de stage proposé par l’abbaye. Développer la médiation auprès des publics de visiteurs, créer du nouveau contenu, des animations originales, de nouveaux supports de visite par l’axe du jeu font partie de ses missions spécifiques qu’il a hâte de mettre en pratique ! « Je suis vraiment dépaysé par l’environnement naturel et aussi par ce patrimoine architectural cistercien.  J’ai déjà eu l’occasion de rencontrer des artistes sur place, de découvrir de nouveaux répertoires et c’est vraiment très enrichissant ! »

Chloé Avoiron est ariégeoise. Agée de 38 ans, elle a fait le choix de reprendre les études après une expérience professionnelle dans la filière technique du spectacle vivant et le monde radiophonique. Elle est étudiante en licence professionnelle « protection du patrimoine-mise en œuvre et conception de projets culturels » à l’Université du Mans. Également passionnée de musique, l’offre de stage au service communication de l’abbaye correspondait complètement à ses attentes. Parmi les missions auxquelles elle s’attèle : la réalisation d’interviews, de capsules vidéos, la rédaction de communiqués de presse, de programmes de salle… «  Je suis là pour apprendre et j’espère trouver ma voie parmi tous les métiers du spectacle vivant. » Chloé connaissait déjà le lieu, sa large offre culturelle et la qualité artistique du festival à l’occasion de son passage durant 2 saisons à Radio Saint-Affrique. Elle redécouvre avec enthousiasme l’abbaye sept ans après. « Ici, nature et musique cohabitent, c’est le paradis !  Je me sens privilégiée d’être hébergé et de travailler dans un tel lieu ! »

Tous s’accordent pour souligner le bon accueil de l’équipe et la bonne ambiance de travail. Enthousiastes et volontaires, ils sont prêts à apporter leur efficace contribution  ! Nous leur souhaitons une belle aventure estivale parmi nous !

« Mujeres del nuevo mundo » enregistré à Sylvanès !

Du 13 au 17 avril dernier, nous avons eu l’immense plaisir de recevoir la flûtiste et chanteuse Diana Baroni accompagnée de ses musiciens complices Rafael Guel et Ronald Martin Alonso. Au programme de leur résidence artistique : l’enregistrement de leur album  « Mujeres del nuevo mundo » , un magnifique hommage poétique et musical aux personnalités féminines, mystiques, saintes, guerrières, poétesses selon la tradition des peuples indigènes afro-amérindiens.

Retour en images sur ces quelques jours magiques passés en nos murs avec les superbes photographies d’Erol Gum  !  

« Une petite semaine de bonheur, créativité, inspiration, musique et beaucoup de joie !
Merci infiniment à tout l’équipe de Sylvanès pour son soutien inconditionnel et son accueil chaleureux !
Avec vous tous, l’enregistrement de notre nouvel album Mujeres del Nuevo Mundo est devenu possible !
Gracias enormes a todos !!! » 
Diana Baroni

Petit interview des artistes réalisé au cours de la résidence à l’abbaye : 

En attendant les captations vidéo faites à Sylvanès, un extrait de ce nouvel album  ! Vivement la sortie  !

Emmanuel Bardon, un enfant de Sylvanès

Installé à Saint-Étienne, le directeur musical de Canticum Novum est attaché à l’Aveyron et en particulier à Sylvanès. Venu en septembre 2020 avec son ensemble enregistrer leur dernier album, il sera de retour en 2021 avec plusieurs projets artistiques.

Comment as-tu découvert Sylvanès ?
J’ai découvert l’abbaye par l’intermédiaire de mes parents à l’âge de 4 ans car papa (le violoncelliste Marcel Bardon) faisait partie des musiciens qui ont participé aux premières rencontres musicales en 1976. Après, tous les ans, nous sommes venus régulièrement à Pâques, à Noël et passer nos vacances d’été en famille dans ce lieu merveilleux.

Un de tes premiers souvenirs à l’abbaye ?
Ils sont nombreux ! Ce ne sont que des souvenirs heureux de mon enfance, des belles images, des moments joyeux de complicité et d’amitié avec André qui nous racontait des histoires entouré de la chienne Mayouchka, le corbeau Adémar et la chèvre de Blanche… On avait l’impression d’être libres, on pouvait vadrouiller, explorer; on s’était fait un coin cabane sur la galerie au dessus de la porte du cloître, on piquait quelques restes de cierges, on y grimpait et, depuis notre repaire, on observait les adultes dans l’abbatiale !

Peut-on dire que tu es un enfant de Sylvanès ?
Oui, je me considère vraiment comme un enfant de Sylvanès même si je n’y suis pas né et n’y ai jamais habité. Je suis un enfant d’adoption ! J’ai aussi vécu l’évolution du lieu à travers les années (sa renaissance, les projets musicaux, les différents chantiers, la construction de la chapelle orthodoxe aussi…). Et encore aujourd’hui je reste toujours étonné de ce que je vis dans ce lieu. Comme dernièrement en septembre, après cette difficile période estivale dont je suis sorti moralement et physiquement très éprouvé : dès que je suis entré dans l’abbatiale, tout s’est lâché et nous avons passé avec l’Ensemble cinq jours d’enregistrement merveilleux.

Ensemble Canticum Novum en résidence à Sylvanès, © Pierre Grasset

Sylvanès a-t-il influencé ton parcours professionnel ?
Il y a en effet quelque chose de commun entre les deux et je dirais même que dans Canticum Novum, il y a de l’ADN de Sylvanès !
Je me suis rendu compte, évidemment aujourd’hui que le projet humain, musical de l’ensemble était lié à mon environnement familial, à mon parcours, à cette dimension inter culturelle dont j’étais entouré et particulièrement à Sylvanès avec tous ces chantiers culturels, les personnes de plusieurs religions qui fréquentaient le lieu. Dès qu’on venait à l’abbaye, il y avait cette émulation, l’intelligence, la beauté… on était entouré par ça.
J’ai créé l’association en 1996 et l’aventure a vraiment décollé en 2006 quand j’ai fait le choix de recentrer le projet autour de mes aspirations humaines, en lien avec mon territoire de vie dans la région de Saint-Étienne.

Le dialogue des cultures…une thématique forte pour l’Ensemble ?
Cela fait 15 ans maintenant que l’équipe est constituée et qu’elle s’est étoffée au fil des années avec aujourd’hui un collectif d’une vingtaine de musiciens de plein de cultures différentes liés de cette même envie de vouloir partager aux autres une culture dont ils sont dépositaires. Ainsi, en partageant nos mémoires individuelles, on réussit ensemble à construire quelque chose et à créer une mémoire collective.

Un projet très en lien avec celui du CCR de l’abbaye ?
Tout à fait. D’ailleurs l’ensemble est de plus en plus présent à l’abbaye et j’en suis ravi. Les choses se sont construites petit à petit. On a pris le temps de se trouver musicalement en plus de la relation d’amitié et de confiance qui a toujours existé avec Michel Wolkowitsky.
J’arrive à Sylvanès avec un projet pertinent, avec une histoire, des propositions artistiques et d’éducation artistique qui « collent » parfaitement au lieu et c’est génial !

Deuxième confinement : du point de vue des artistes…

La crise sanitaire en cours affecte en profondeur le milieu culturel et le spectacle vivant en particulier. Nous avons demandé à nos artistes comment ils vivaient ce nouveau confinement… Milena Jeliazkova, François Lazarevich, Lydia Mayo, Pascal Caumont, Delphine Mégret se sont confiés.

Milena Jeliazkova

Malgré les incertitudes et le stress, je refuse de perdre l’espoir et d’imaginer ne serait-ce qu’un instant qu’un monde d’humains sans culture – fêtes, musiques, danses, cirques, théâtre, expositions d’objets d’art – puisse exister. Donc, optimiste invétérée je suis, mais avec des moments de découragement tout de même.

François Lazarevich 
Ce deuxième confinement, malgré sa relative « souplesse » par rapport au premier, a un goût bien plus amer. L’effet qu’il produit sur le psychisme du pays, d’une part et son économie (notamment celle de nos structures culturelles si fragiles) d’autre part est bien plus palpable.
Bien sûr je suis très soucieux de notre avenir ; celui de la pratique artistique professionnelle et amateur, de mes élèves, de notre société… Les séquelles risquent d’être profondes, malheureusement. Je prie pour que nous retrouvions la confiance, le sourire, la joie de se réunir (nous avons besoin de cette énergie du groupe), la liberté de bouger et d’entreprendre !

 

Lydia Mayo

A t- on le choix ? non… alors la meilleure manière de le vivre est déjà de l’accepter et de traverser cette période bien étrange et sans précédent. Pour ma part, j’étais en production à l’opéra d’Avignon pour une création « Le Messie du peuple chauve d’Augustin Billetdoux », alors encore une chance de pouvoir chanter sur scène malgré la salle vide : la direction a décidé de l’enregistrer via You tube et le spectacle a été diffusé en direct le 20 novembre.
Pour la suite, je ne sais pas encore mais j’espère que cela va vite évoluer dans une direction optimiste. Que nous puissions à nouveau gouter à notre liberté d’aller où bon nous semble !

 

Pascal Caumont : c’est un vrai coup dur tant pour les stages que pour les concerts : Vox Bigerri a dû annuler ses concerts à Paris, Toulouse, Bordeaux, prévus pour le lancement de notre 7° disque, « Jorn ».

« Jorn » annonce un jour nouveau, une période plus solidaire et coopérative, respectueuse des liens entre l’homme et la nature. Il faudra être patients…

 

Delphine Mégret
Je l’accepte beaucoup moins bien que la première fois avec un sentiment d’injustice. Je sais que la culture va souffrir terriblement de tout ce qui se passe actuellement et que nos métiers sont en périls.
Cependant, ce bouleversement peut être un mal pour un bien avec une remise au point de toute notre société, comme une renaissance.
J’essaie alors d’être positive et de me dire que l’on ne baissera pas les bras, que l’homme est plein de ressource !
Rester positive : mantra du deuxième confinement !

 

D’autres témoignages d’artistes à lire sur le LIEN : Confinement#2 , la parole aux artistes 

 

Rencontre avec Pascal Caumont

Après avoir grandi dans une famille de musiciens populaires, Pascal Caumont obtient le Certificat d’Aptitude à l’enseignement des musiques traditionnelles. Son travail s’axe majoritairement autour des polyphonies pyrénéennes mais ils s’intéressent également aux styles et techniques vocales d’Italie du Nord, de Sardaigne et d’Espagne. Professeur au conservatoire et à l’IFMI-Université de Toulouse Jean-Jaurès, il est régulièrement invité au conservatoire supérieur de Barcelone et dans d’autres structures d’enseignement supérieur (Cefedem, Universités, CFMI…) pour partager sa recherche sur le son de la polyphonie, ses styles et sa fonction sociale. Directeur musical de Vox Bigerri, il donne de nombreux concerts en Europe.

Pour la 3e année consécutive il est à Sylvanès du 18 au 20 août pour partager sa vocation : transmettre les polyphonies pyrénéennes à différents publics, chanteurs amateurs ou professionnels.
Nous l’avons rencontré :

« Depuis quelques années je me rends tous les ans à Sylvanès. C’est un lieu qui m’est cher de par son acoustique exceptionnelle et sa situation géographique, comme isolée du monde. Quel cadre formidable pour la transmission ! La réverbération du son permet un travail de la voix inédit, elle peut s’ouvrir, se développer, elle est comme portée dans l’air, sans parasitage sonore ! »

Ses élèves sont conquis et s’enchantent à la fois de la sonorité de l’église et du répertoire choisi, alternant chants sacrés et chants profanes. La pédagogie originale de Pascal Caumont, sans partition est axée sur la mémoire corporelle : « Travailler avec son corps comme un instrument de musique. »

« Le travail sans partition est motivé par l’objet d’études, les polyphonies traditionnelles ont toujours été transmises par le moyen de l’oralité. Contrairement au chant avec partition, différentes voix sont possibles, j’incite mes élèves à développer la souplesse de leur voix, à chercher dans leur corps différentes zones de résonnance, de vibration. La posture corporelle est fondamentale, elle permet d’optimiser le rayonnement de la voix. »

« Capter la mémoire vive, la sauvegarder, la transmettre et ouvrir sur des créations », tel est l’objectif de Pascal Caumont. « En Afrique, un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Ce célèbre proverbe attribué à l’écrivain, diplomate et ethnologue Peuhl, Ahmadou Hampaté Bâ, lors de son discours du 22 septembre 1960 à l’UNESCO à l’occasion de l’indépendance du Mali, entre en résonance avec le travail de collectage du chanteur.

Il définit son activité comme le fait de voyager avec un enregistreur pour rencontrer des chanteurs porteurs de chants inconnus. Il s’agit pour lui, non seulement de moissonner des chansons inconnues, mais aussi d’écouter comment chaque personne parvient à faire vibrer sa voix. Chaque individu a sa propre identité vocale et cette dernière transmet toujours un message.

« Mon travail consiste aussi à aller chercher le sens que les gens donnent à la musique. Dans le monde, sa fonction n’est pas toujours exclusivement esthétique, elle crée aussi un espace et des liens invisibles entre les personnes. Pour les Pygmées par exemple, le fait de chanter ensemble soude la communauté.
Je me sers beaucoup de mes recherches pour le chant collectif… l’objectif du groupe est de construire un tissu sonore, de réaliser un son collectif. Les chants traditionnels s’habillent chaque jour de nouvelles voix, malgré l’ancienneté de notre répertoire, du XVeau XXe siècle, nous sommes tous des chanteurs contemporains. »

 

Pascal Caumont et ses 20 élèves stagiaires ouvriront une fenêtre sur leur travail lors d’une restitution publique ce jeudi 20 août à 16 h en l’abbatiale.

Ce dimanche 23 août à 17 h  en l’abbatiale, avec ses collègues chanteurs de Vox Bigerri, il partagera la scène avec l’Ensemble Marani dans le cadre du 43 e Festival pour une rencontre polyphonique inédite ! Réservez vos places ICI !

 

 

Le chant médiéval à la portée de tous

Au printemps, en été et à l’automne, Els Janssens-Vanmunster et Caroline Marçot de l’ensemble Mora Vocis-voix solistes au féminin encadrent à Sylvanès des ateliers de chant médiéval.
Un de leur répertoire de prédilection : l’oeuvre de Hildegard von Bingen (1098-1179), cette abbesse hors du commun dont les chants poétiques constituent de véritables hymnes à la vie, à l’amour et à la femme. Rencontre avec ces deux chanteuses…

En tant qu’Ensemble exclusivement féminin, ce choix de répertoire contribue t-il à réhabiliter la place des femmes au Moyen Âge ?

Beaucoup ignorent que les femmes composaient et chantaient au Moyen Âge, l’anonymat des compositions y est pour quelque-chose… l’Histoire a oublié les compositrices ! Nous sommes engagées à rétablir un équilibre en respectant une équité dans notre programmation tout en mettant en valeur des compositrices de genre féminin.

 

L’abbaye semble se prêter à merveille à l’apprentissage et à la pratique du chant médiéval ! Que vous inspire un tel lieu?

Chanter à Sylvanès est un privilège ! Les pierres de l’abbatiale ont été agencées pour accueillir des mélodies similaires aux nôtres ! Nous sommes persuadées que c’est aussi ce cadre exceptionnel qui attire les stagiaires.

 

Votre méthode d’apprentissage sort des sentiers battus, sans partition, par écoute et imitation, vous invitez les stagiaires à travailler leur souffle, à avoir une approche corporelle et placez l’interprétation, la dynamique des textes et du phrasé au cœur de votre pédagogie. Pourquoi cette méthode ?

Tout d’abord pour des raisons historiques ! Au Moyen Âge, l’apprentissage se faisait sans partition. Ensuite, cette méthode a fait ses preuves, il est plus aisé de former un groupe en comptant sur le corps comme outil de mémorisation… Par exemple, si un membre du groupe oublie les paroles, il peut se référer à l’imitation vocale, observer les gestes du corps de ses camarades.

 

Els et Caroline animeront à Sylvanès en 2020 plusieurs stages de chant médiéval  et contemporain

18-19 avril, 17-18 octobre

3 au 7 août

 

Propos recueillis par Casey Crouard, stagiaire au service communication, été 2019 

Raphaël Lucas, compositeur en résidence

Sur l’invitation de Michel WOLKOWITSKY, directeur général du Centre Culturel de Rencontre de l’abbaye de Sylvanès, le jeune compositeur Raphaël LUCAS effectuera une résidence de création artistique pendant deux ans à l’abbaye et participera à 3 festivals consécutifs.

Élève en percussions et en harmonie / contrepoint au CRR de Montpellier de 2001 à 2006, il s’est formé à la composition aux États-Unis, à la State University of New York collège de Purchase où il obtient un Bachelor of Music en 2009 et un Master of Music en 2012. Il étudie également à la Manhattan School of Music à New York (Master 1) sous la direction de Nils Vigeland, un élève du compositeur américain Morton Feldman. Cette année, deux de ses compositions, dont une création mondiale, commande de l’abbaye de Sylvanès, seront proposées dans le cadre du 42ème festival des musiques sacrées / musiques du monde pour le concert du Jeune Chœur de l’abbaye de Sylvanès, « l’Europe Mystique » Polyphonies sacrées des 17ème et 18ème siècles.

Le concert aura lieu samedi 17 août à 21h en l’Abbatiale de Sylvanès.

Partons à la rencontre du jeune compositeur.

Comment avez-vous connu l’Abbaye de Sylvanès ?

La première fois que je me suis rendu à l’Abbaye de Sylvanès, c’est en tant que percussionniste, au début des années 2000 avec l’Orchestre Contrepoint. Mais j’ai fait la connaissance de Michel WOLKOWITSKY en 2013 lors de la Saison Musicale de Saint-Guilhem-le-Désert, qu’il dirige et où une de mes œuvres a été jouée par l’Ensemble Orchestral de Montpellier sous la direction de Dorota ANDERSZEWSKA. Après quelques années passées à New York puis à Paris, je me suis installé en sud-Aveyron en octobre dernier. A la faveur de cette installation, j’ai repris contact avec Michel WOLKOWITSKY et c’est à ce moment que j’ai vraiment pu découvrir l’abbaye de Sylvanès.

 

Pourquoi avoir choisi l’Abbaye de Sylvanès comme résidence artistique ?

Dès mon installation dans la région je me suis rendu régulièrement à l’abbaye de Sylvanès. Nous avons eu de nombreux échanges avec Michel WOLKOWITSKY sur des sujets aussi variés que la littérature, le cinéma, la spiritualité, une passion commune pour la culture russe, etc. Le projet d’une résidence de création en composition a émergé de ces conversations et d’un désir commun de créer de la musique pour l’abbaye de Sylvanès. La dimension spirituelle, l’histoire et la richesse culturelle de l’Abbaye de Sylvanès en font un lieu parfaitement adapté à une résidence de création en composition. De plus, le Centre Culturel de Rencontre de l’abbaye de Sylvanès est une institution à taille humaine, chaleureuse, où l’atmosphère est propice aux échanges et à la créativité, avec une équipe administrative et technique disponible et passionnée. C’est aussi un cadre de travail idéal par les possibilités extraordinaires d’expérimentation qu’il offre, que ce soit avec le grand orgue, l’acoustique de l’abbatiale, la bibliothèque, l’immersion dans la nature, etc.

 

Comment ce lieu va influer sur votre création artistique ?

A l’origine, l’Abbaye de Sylvanès est un lieu de silence et de prière, niché dans une nature elle-même silencieuse et profonde. Être ici invite au recueillement, à la contemplation et à l’écoute de ce silence, à l’observation de toute une palette de nuances sensorielles, des sons de l’abbaye, des variations de lumière du paysage, etc. C’est un lieu qui inspire aussi une sorte de sobriété imposante. Je pense que c’est cet aspect qui va le plus influer sur ma façon d’aborder la composition.

Par ailleurs, le fait que le Centre Culturel de Rencontre soutienne ma création et porte les projets que je vais y réaliser dans le cadre de cette résidence d’artiste aura une influence fondamentale dans ma démarche, m’apportant la sérénité, l’ancrage et la confiance indispensable à toute pratique créative dans le monde actuel.

 

Comment vos œuvres qui seront interprétées ce samedi, vont-elles s’inscrire dans un programme de polyphonies des 17ème et 18ème siècles ?

Environ 8 ans séparent la composition des deux pièces qui vont être jouées. Nativity, composée en 2011 sur commande de la paroisse de Saint-Jean l’Évangéliste à Boston, est une mise en musique d’un texte extrait de la Corona, du poète mystique anglais John Donne, à la charnière des 16ème et 17ème siècles. Par son texte, cette pièce s’inscrit donc parfaitement dans ce programme, bien que son écriture musicale se situe plus de côté des compositeurs français de la première moitié du 20ème siècle.

L’autre pièce, Hymne est une commande de l’abbaye de Sylvanès, composée à la fin du printemps cette année. C’est la première œuvre que je compose dans le cadre de la résidence de création artistique. J’ai par ailleurs œuvré à sa composition sur les lieux même de l’abbaye de Sylvanès. Pour cette pièce, écrite pour 8 voix a capella, j’ai travaillé sur un superbe texte de l’auteur français Mathias Énard, extrait de son roman Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants. Il y évoque un épisode de la vie de Michel-Ange. Pour cette pièce, j’ai mis en œuvre une pensée inspirée entre autre par l’acoustique de l’abbatiale de Sylvanès. J’ai travailler sur une écriture contemporaine qui serait une dérivation de la façon de penser la polyphonie à la renaissance.