Rencontre avec la soprano Delphine Mégret

Elle est aveyronnaise, talentueuse et fut incontestablement l’« artiste vedette » de la saison 2022 de l’abbaye avec pas moins de sept projets de résidences et de concerts. Elle nous parle de son attachement à Sylvanès et aux belles rencontres faites en ce lieu…

Tu as étudié à la très réputée Guildhall School of Music and Drama de Londres. Que retires-tu de cette expérience ?
Beaucoup de choses, magiques mais éprouvantes à la fois. C’est très dur d’être dans un lieu si exigeant où la compétitivité et la recherche d’excellence étouffent parfois la passion simple d’aimer chanter. Ça forge pour le métier, ça c’est sûr !
On devait apprendre énormément de musique, sans pour autant délaisser tous les autres aspects du métier (langues, théâtre, danse, culture musicale, esprit critique, travail de groupe, savoir collaborer, créer, transmettre…); travailler avec des personnalités très différentes, savoir recevoir leurs conseils, les critiques, parfois décourageantes, faire avec, garder la tête froide et ne surtout pas perdre notre identité artistique. Je dois beaucoup à Michel Wolkowitsky car il restait le pilier, la référence même pendant toutes ces années pour que je ne me perde pas vocalement ni personnellement. Avec du recul je pense avoir relevé le défi et j’en suis très fière !

Aujourd’hui, c’est un retour aux sources?
Oui, un retour aux sources. Après la vie londonienne j’avais besoin de retrouver mes racines – « partir pour mieux revenir ». Il me semblait plus facile de bâtir ma vie professionnelle en tant que chanteuse ici en France, cela me ressemblait. Je sentais aussi que Sylvanès allait m’apporter un socle, un levier de rencontres artistiques…

Que représente pour toi Sylvanès ?
C’est très étonnant d’avoir autant d’émotions pour un lieu. Sylvanès m’accompagne depuis toute petite – je m’y suis rendue la première fois à l’âge de 5 ans pour assister à la représentation de L’arche de Noé de Britten où jouait ma sœur Shani. J’y ai fait des rencontres incroyables, d’ami(e)s chèr(e)s, de grands artistes, des moments de partages avec des personnes de toutes origines, milieux et expériences diverses, c’est très enrichissant.

Des souvenirs marquants?
Beaucoup de premières fois qui restent gravées à vie, comme la première fois qu’on chante sur scène ou mon premier Requiem de Mozart dans l’immense abbatiale. Et tous ces concerts magnifiques qui m’ont inspirée et m’ont construite. Impossible de ne pas mentionner la rencontre la plus belle qui soit avec Michel Wolkowitsky, puisque tout cela est en grande partie grâce à lui : il m’a ouvert les portes de Sylvanès comme celles de ma maison.

Si tu devais choisir le projet mené avec Sylvanès qui t’a le plus marqué en 2022, lequel citerais-tu ?
Dur de choisir… mon coeur s’attarde tout de même sur le récital « Trois Poèmes Mystiques » auprès du compositeur, chef d’orchestre, pianiste Thierry Huillet et la violoniste concertiste Clara Cernat. C’est indescriptible d’avoir le privilège d’interpréter une musique composée pour l’occasion et de la façonner avec le compositeur et le pianiste lui-même ! J’ai eu l’honneur de rencontrer ces deux musiciens pour un récital tout aussi magique en 2020 autour de Debussy et du compositeur Raphaël Lucas. J’y avais ressenti une sorte d’apaisement artistique : tout ce que j’avais aspiré à vivre en tant que chanteuse avait abouti à Sylvanès ce soir là, tant ce concert était riche humainement et musicalement… alors remettre ça deux ans plus tard c’était the cherry on the cake !

Tu chantes du classique, du contemporain, de la comédie musicale… mais quel est ton répertoire de prédilection ?
J’ai cette démarche qui tend à diversifier les projets tant dans leur forme que dans leur contenu et je n’ai jamais cherché l’hyper-spécialisation, bien au contraire. Je crois de plus en plus que la voix peut s’adapter à tous les styles et répertoires tant qu’on la respecte et qu’on l’utilise avec les bons mécanismes. Comme l’enseigne Michel Wolkowitsky, il ne faut pas s’enfermer dans un son, une couleur, une seule façon d’utiliser sa voix mais au contraire garder ouvert le « chant » des possibles.

Mixer les styles musicaux, créer du lien entre eux : pourquoi est-ce important pour toi ?
Car le monde évolue et que c’est notre devoir en tant que musicien professionnel de garder l’esprit ouvert à ce qui se passe autour de nous. Le risque parfois d’être un interprète de musique du passé et de perpétuer sans cesse ce qui s’est déjà fait encore et encore peut enfermer cette musique et la figer. Le but de créer du lien n’est pas une lubie pour être à la mode en 2022 mais une nécessité qui se fait ressentir de toute part, car de nombreux artistes sont prêts aujourd’hui à se rassembler, collaborer, faire tomber les murs pleins de fausses croyances et de s’enrichir ensemble. Et c’est surtout à nous, les musiciens qui venons du classique de faire le premier pas. Mais ceci reste peut-être un point de vue très personnel… et parce que je n’ai pas envie de me sentir mise dans une case même si je suis incroyablement fière de faire vivre la musique classique et que c’est ce qui m’anime vocalement le plus bien sûr.

Représentation de « La Belle et le Loup », comédie musicale jeune public – Paloma juin22 © Stéphane Mathieu

 

Quel artiste t’a le plus inspirée ?
Dur… en plus j’aime surtout écouter tout ce qui n’est pas en rapport avec ce que je fais ou mon type de voix, du genre Cesaria Evora, Freddy Mercury, Wagner, Sarah Vaughan, Yseult ou des voix plutôt lyriques et graves comme Matthias Goerne. Mais bon, il y a tellement de sopranos que je ne peux qu’admirer comme Margaret Price, voix étonnante de finesse et de puissance, Patricia Petibon, Natalie Dessay tellement fascinante et bien sûr Maria Callas, qui était Carmen sur le seul CD d’opéra que j’avais à la maison quand j’étais petite… Ma première référence !

Quel autre métier aurais-tu pu faire ?
Je ne sais pas… mais j’ai toujours eu ce fantasme d’être écrivaine ou spéléologue, vraiment rien à voir !

Quelle partition emporterais-tu sur une île déserte ?
Sûrement le Requiem de Verdi pour ne surtout rien oublier de cette œuvre et pouvoir l’entendre dans ma tête, car ce n’est pas du tout pour mon type de voix par contre.

Quels conseils donnerais-tu à un(e) jeune qui souhaite devenir artiste lyrique ?
De foncer ! Si on est animé de quelque chose, il faut y aller et constamment travailler sur soi pour ne pas être guidé par la peur mais plutôt par notre lumière intérieure.

 

L’actualité de Delphine à suivre sur www.delphinemegret.com

 

Ode aux femmes compositrices

La dernière résidence d’artistes de l’année s’est déroulée du 18 au 20 octobre à l’Abbaye de Sylvanès avec deux femmes musiciennes de grand talent réunies par le directeur de l’abbaye Michel Wolkowitsky : la pianiste espagnole Carmen Martínez-Pierret et la soprano d’origine aveyronnaise Delphine Mégret.  
Au programme :  trois journées de travail autour de leur projet musical « l’Heure rose » qui sera créé au Teatro de la Maestranza, Opéra de Séville le 19 décembre 2022.

Aux côtés du violoncelliste Israel Fausto avec qui elle partage la direction artistique, la pianiste a initié le cycle « Rasgando el silencio » au Teatro de la Maestranza de Séville pour faire découvrir au public l’œuvre de 60 femmes compositrices de 1750 à 1980.
Ce cycle sur 3 ans qui comprend 12 événements a débuté la saison dernière avec 4 premiers concerts.
« Cela fait longtemps que je fais des recherches sur le répertoire le plus secret et le plus oublié de l’Histoire de la Musique : celui des compositrices. Le canon de l’histoire de la musique n’a pas pris en compte les femmes, il les a complètement oubliées, c’est un choix très injuste et je veux les rendre visibles », précise Carmen Martínez-Pierret.

Les répertoires sont de différentes époques, les formes musicales variées (musique de chambre, solo, duos, etc…) mais tous mettent en lumière le pouvoir musical de ces femmes créatrices.
«  On veut réveiller la curiosité, l’envie de découvrir ce répertoire qui n’a rien à envier aux compositeurs masculins de la même période. On veut démontrer que les créations de ces femmes ont souvent la même valeur que celles des compositeurs hommes. Souvent, le public mais aussi les interprètes sont surpris de la qualité de ce répertoire. »

La pianiste Carmen Martínez-Pierret et la soprano Delphine Mégret autour de Michel Wolkowitsky

Pour ces précédents concerts, Carmen Martínez-Pierret a déjà collaboré avec la violoniste Clara Cernat (album « Sérénade » sorti en 2021 au label Thelxínoe Music) ou encore le pianiste- compositeur Thierry Huillet.

Pour cette création « l’Heure rose » du 19 décembre à Séville, elle sera aux côtés de la soprano Delphine Mégret pour un programme de lieders, songs et mélodies de quinze compositrices de différentes nationalités du 19e et 20e siècles.
Parmi elles, certaines, en raison du nom de famille de leur mari, leur frère sont plus connues, comme Alma Mahler, Clara Schumann ou Fanny Mendelssohn. Les autres s’appellent Pauline Viardot, Amy Beach, Irène Poldowski, Rebecca Clarke, Augusta Holmes… et sont toutes aussi brillantes les unes que les autres !

Une face cachée de l’histoire de la musique qui s’avère une fascinante plongée dans le pouvoir musical des femmes à découvrir à Séville (Teatro de la Maestranza) le 19 décembre à 20 h et repris à Sylvanès dans le cadre du 46e Festival le mardi 15 août à 21h en l’abbatiale.
Un enregistrement de ce programme est également prévue à Sylvanès courant 2023.

 

Marine De Sola, la passion du chant

Originaire d’Albi, Marine De Sola est chanteuse et aussi enseignante artistique. Depuis quelques années, elle s’est installée à la Cresse en Aveyron où elle poursuit sa mission d’intervenante musicale pour le Conservatoire à Rayonnement Départemental de l’Aveyron. Pour la troisième année consécutive, elle anime des ateliers dans les écoles du territoire intercommunal « Monts, Rance et Rougier »  dans le cadre du projet « Chorale à l’École » initié par l’Abbaye de Sylvanès. Rencontre avec cette passionnée du chant et de la transmission.

 

Comment devient-on chanteuse  ?
C’est mon père, chanteur lui aussi qui  m’a appris à devenir chanteuse « professionnelle ». J’ai également commencé le piano dès l’âge de 6 ans sans jamais vraiment m’arrêter au fil de mes prestations musicales. Le chant fait partie de ma vie au quotidien et je suis très heureuse de pouvoir partager ma passion auprès de publics très divers.

J’ai eu la chance de baigner dans la musique depuis ma naissance et faire des rencontres essentielles à mon parcours de chanteuse : Elène Golgevit, professeure de technique vocale de renommée internationale et bien connue à Sylvanès, m’a inculquée de solides bases de technique vocale. Christiane Legrand (la soeur de Michel Legrand) m’a fait découvrir le jazz vocal et Boris Vian. Emmanuelle Trinquesse et Amandine Le Laurent « Chant, voix, corps » m’ont apporté de précieux outils sur la pédagogie de la voix. Ma formation en cycle professionnel au JAM de Montpellier m’a appris les bases de Jazz… Catherine Boulanger m’a formée à la scène…

 

Depuis quand enseignez-vous le chant ?
En 2005, j’ai été sollicité par un groupe scolaire montpelliérain pour diriger la chorale des élèves de l’école. J’y ai découvert mon goût pour la transmission, l’échange et la direction de choeur que je ne soupçonnais pas.
J’ai également eu d’autres expériences en colonies de vacances artistiques à l’Abbaye de St Maur en Anjou. En alternance avec ma vie d’artiste, j’ai répondu à un appel d’offre pour diriger des chorales scolaires à l’école de Baillargues dans l’Hérault. J’y suis restée de 2009 à 2019 et suis intervenue auprès de 17 classes…

A présent que je suis salariée à temps plein pour le CRDA, j’interviens toujours en milieu scolaire depuis la toute petite section jusqu’au CM2. Mais aussi à l’antenne du conservatoire de Millau pour des jeunes enfants en éveil musical, pour de grands enfants et ados en chant choral. Et la nouveauté cette année,  j’encadre des ateliers de chant de musiques actuelles pour tous les publics. A côté de cela, j’anime aussi une chorale de personnes âgées.

Séance de rentrée à l’école St Michel de Camarès

Quel est le rythme de vos interventions dans les écoles du territoire intercommunal Monts, Rance et Rougier ?

Depuis le 1er septembre 2020, j’y viens toutes les semaines. Je vois 6 écoles en semaine A (Montlaur, Camarès (privée et publique), Brusque, Fayet et Cénomes)  et 4 écoles en semaine B (Saint-Sever, Belmont-sur-Rance, Murasson et Saint-Sernin) pour des séances variant de 30 à 45 minutes/classe.

 

Que souhaitez-vous transmettre à tous ces enfants ?
Je voudrais leur transmettre le plaisir et l’exigence que demande le chant, les sensibiliser à l’expression artistique, leur faire ressentir également le plaisir de se préparer pour se produire en concert, le dépassement de soi dans les chants difficiles…
Ce qui est très important pour moi, c’est le partage de cette aventure avec les copains de classes et des autres écoles, à la manière d’une équipe sportive qui doit rester soudée coûte que coûte mais qui vivra des moments intenses !

En tant que chanteuse, quel est votre répertoire de prédilection et quel artiste vous a le plus inspiré ?
L’artiste qui m’a le plus inspiré est Boris Vian : je trouve ses textes et ses musiques d’une finesse inouïe, entre humour et émotion… un régal!
Ensuite, je suis fan de la voix d’Ella Fitzgerald, suave et pétillante et j’aime beaucoup le jazz en général !

 

 

Elie Choufani, comédien libanais en résidence

Elie Choufani est un acteur libanais qui a travaillé sur plusieurs séries télévisées, pièces de théâtre, films et courts métrages primés. Elie a suivi sa formation d’acteur à l’Actors Workshop Beirut (AWB) sous la direction de Jacques Maroun et a participé à plusieurs ateliers de théâtre, à Beyrouth et à Los Angeles, notamment avec la metteure en scène et voix primée Susan Worsfold et le réalisateur et professeur de théâtre David Strasberg.
Il a été accueilli à l’Abbaye de Sylvanès du 15 au 22 août dans le cadre d’une résidence artistique au travers du programme NAFAS coordonné par l’ACCR ( mis en place afin de répondre à la crise culturelle qui frappe le Liban).

 

Qu’est-ce qui vous a amené à Sylvanès ?
Lorsque j’ai postulé au programme NAFAS de l’ACCR en 2021, c’était presque un coup d’épée dans l’eau ; je n’avais aucune attente quant à l’expérience, les centres d’accueil ou si je serais accepté…. Tout ce que je savais, c’est que je voulais apprendre et travailler ma voix.

Avec un objectif bien précis donc ?

En effet, lors de mon parcours de formation d’acteur, j’ai été amené à découvrir des écoles de travail de la voix (notamment auprès de Tarek Annish puis de Nadine George).
Ces ateliers m’ont appris que la source de la voix est le corps entier et pas seulement les cordes vocales, la gorge ou la poitrine ; La voix est une énergie reliée à la respiration. J’ai appris à libérer mon souffle et ma voix et cela m’a été très utile dans ma carrière d’acteur, car cette nouvelle voix libre m’a aidé à atteindre des nuances émotionnelles intéressantes et uniques.
L’objectif de cette résidence à l’Abbaye de Sylvanès était donc d’approfondir ces recherches sur la voix et de développer une méthodologie utile à la préparation et à la performance de l’acteur.

 

Quel était votre le programme vocal à l’abbaye?
Michel Wolkowitski, le directeur du centre culturel et du festival, également pédagogue de la voix a dirigé ma formation tout au long de mon séjour et a été un hôte formidable.
J’ai travaillé avec Michel quotidiennement, en me concentrant le déroulé d’une séquence complète à effectuer avant tout entraînement ou représentation vocale ou théâtrale. Michel m’a expliqué les bases de la technique Alexander (étirements, respiration et compréhension des cinq « charnières » du corps) puis des techniques d’échauffement respiratoire. Ce que j’ai appris, c’est que l’état de relaxation atteint après l’échauffement et la respiration doit être associé à une posture forte et « soutenue » afin de libérer la voix.

Cette séance était généralement suivie d’un travail vocal guidé au piano et d’une pratique du chant ou du monologue. Le travail sur le ton de la voix m’a également fasciné.

De nouvelles notions qui ont mûri au cours de votre résidence ?
Oui, tout à fait. J’ai senti que je progressais dans ce domaine de la voix. J’ai par exemple appris de mon travail sur le ton de la voix qu’il y a quelque chose de très intéressant pour un acteur d’atteindre les tons précis du chant ; cela crée en quelque sorte un sentiment de fraîcheur et de légèreté. J’ai également été étonné de voir l’effet de ce travail vocal sur mon articulation qui ne me satisfaisait pas toujours. Après ces exercices, mon articulation semblait être plus claire et plus vivante.

 

Avez-vous pu également profiter des concerts du festival ?
Oui, j’ai eu la chance d’assister à plusieurs concerts dans le cadre du 45e Festival de l’Abbaye de Sylvanès. J’ai été témoin de la beauté et de la puissance de la voix de différents styles musicaux. En assistant aux concerts et en écoutant les voix des chanteurs, du chœur, le son des instruments et en regardant les visages des spectateurs, j’ai réalisé que la beauté de la voix humaine est capable de créer une sensibilité chez son public. Et pendant toute la durée de la résidence, le mot qui n’a pas quitté ma tête était « sensibilité ».

Une « sensibilité » qui vous a touché ?
En effet, à Sylvanès, elle est présente partout : j’ai commencé à la remarquer dans la voix des artistes, dans leurs expressions faciales, dans le comportement des personnes, dans la nature environnante, dans les murs et les pièces de l’Abbaye.
Et je me suis dit que c’était ce dont mon pays avait besoin, plus de sensibilité. Avec tous les problèmes politiques et économiques auxquels le Liban est actuellement confronté, je m’inquiète personnellement de la perte de l’esprit sensible des Libanais. Je pense que plus le pays est confronté à des difficultés, moins les gens ont envie d’assister à des concerts, à des pièces de théâtre … et moins ils sont sensibles.

 

Un dernier mot sur votre séjour à Sylvanès ?
Le séjour à Sylvanès a été en soi une expérience inspirante. L’architecture de l’abbaye, et la beauté de la nature environnante ont un effet calmant et relaxant qui aide l’artiste à mieux se ressourcer intérieurement.
Les personnes fréquentant Sylvanès, y compris l’équipe, les professeurs, les artistes, les invités et les étudiants ont été très accueillants et d’un grand soutien. Michel Wolkowitski a partagé avec moi de nombreuses informations sur son parcours de vie avec la voix et le théâtre, l’histoire de l’Abbaye et son festival et a eu la gentillesse de me montrer un aperçu de quelques autres sites patrimoniaux de l’Aveyron.
Personnellement, je lui suis très reconnaissant pour cette magnifique expérience et garde en mémoire ses précieux conseils : pour rester sensible, toujours écouter et chercher l’énergie de la voix de l’intérieur.

Michel Wolkowitsky et Elie Choufani

 

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PULAK HALDER

SAJAN SANKARAN 

ELIYA FRANCIS  

Sajan Sankaran, entre pratique et partage !

Après plusieurs reports de sa résidence à l’abbaye de Sylvanès (depuis 2020), l’artiste indien Sajan Sankaran a enfin pu se poser en terre aveyronnaise, du 25 juillet au 6 août 2022 dans le cadre du dispositif « Odyssée » initié par l’ACCR.

Il s’agissait pour Sajan de sa première résidence en Europe avec pour objectif d’aller à la rencontre des personnes et d’explorer plusieurs milieux artistiques. Des souhaits qui ont été très largement concrétisés lors de sa résidence artistique à l’abbaye placée sous le signe du partage et des échanges.

 

DES ÉCHANGES PASSIONNANTS ET FRUCTUEUX

Lors de son séjour, l’activité artistique des stages et du 45e Festival était à son apogée à Sylvanès. Pas moins de quatre stages et masterclasses se déroulaient dans les murs du Centre culturel de rencontre ainsi que des concerts du festival de musiques sacrées-musiques du Monde.

La première semaine de sa résidence, la classe de maître encadrée par Élène Golgevit & Charlotte Bonneu cohabitait avec un atelier de chant sacrés d’orient et d’occident animé par Frédéric Tavernier-Vellas.
« L’énergie des chanteurs professionnels participant à la classe de maître de chant lyrique était très inspirante et m’a rappelé l’énergie de mon propre Gurukul [1]  où tous les enseignants sont eux-mêmes des musiciens professionnels et délivrent une formation individuelle intense pour chaque élève.
J’ai aussi apprécié d’expérimenter des chants sacrés européens : j’ai retrouvé de nombreuses similitudes dans l’approche de la voix avec la musique indienne.
Dans tous les cas, j’ai apprécié l’intérêt des enseignants et des participants pour la musique indienne et les nombreuses discussions sur la musique en général, la création musicale, l’approche et la philosophie de la voix ».

Lors de sa deuxième semaine, Sajan a eu l’occasion de rencontrer Johanni Curtet qui animait dans les murs une initiation au chant diphonique mongol. « Les chants de gorge sont une approche très particulière de l’utilisation de la voix. J’ai eu la chance de pouvoir longuement échanger avec Johanni – qui est aussi ethnomusicologue – sur de nombreux aspects de la musique, de la technique vocale dans les différentes formes d’art. J’ai appris beaucoup de choses sur la culture et l’art mongol et j’ai hâte de les découvrir davantage ».

L’Atelier de chant médiéval avec Els Janssens-Vanmunster et Caroline Marçot se déroulait sur la même période et a été le terrain de dialogues et de partages enrichissants : « La merveilleuse connexion avec les formatrices et participants de cet atelier nous a permis de réaliser une présentation collaborative à l’issue de celui-ci, intégrant mes improvisations à l’une des pièces d’Hildegarde chantée par les stagiaires. Permettre la confluence de ces deux traditions de chant et expérimenter leur coexistence était une puissante expérience. J’ai découvert de nombreuses possibilités de collaboration entre la musique dhrupad et la musique médiévale d’Europe».

Concernant les concerts du 45e Festival auquel Sajan a assisté (Musique baroque, Flamenco, Nuit à l’Opéra, Trompette et Orgue … ) ce fut aussi pour lui une riche découverte : « Même si j’avais déjà écouté certaines de ces formes musicales auparavant, ce n’était que par le biais d’enregistrements. Aussi, pouvoir assister à ces concerts, observer les attitudes des artistes et leur approche de la musique avant de pouvoir échanger de vive voix avec eux était une expérience formidablement enrichissante».

 

ENTRE MUSIQUE DHRUPAD ET PHILOSOPHIE DU YOGA

En dehors de la collaboration avec l’atelier de chant médiéval, Sajan a pu effectuer dans l’église abbatiale deux présentations de Dhrupad qui ont été très bien accueillis par le public, généralement peu familier avec la musique indienne.

Pour la petite histoire, c’est pendant ses études à Bombay que Sajan se découvre un intérêt pour la musique classique indienne. Il fut introduit dans ce milieu par Shri Harshal Pulekar et le professeur Milind Malshe. Suite à sa découverte du dhrupad, cette autre forme de musique classique indienne, il décide de s’y consacrer et eut la chance d’être accepté comme élève par les frères Padma Shri Gundecha – les musiciens les plus en vue du dhrupad aujourd’hui.

Sajan enseigne aussi le Yoga et le Pranayama. Il a profité de son séjour à Sylvanès pour proposer quelques séances d’enseignement et s’adonner également à un travail de recherche autour de la convergence qui existe entre la musique Dhrupad et philosophie du yoga.

« Ce fut une très bonne expérience d’être à Sylvanès. Je me réjouis de poursuivre les amitiés et les interactions avec toutes les personnes merveilleuses que j’y ai rencontrées !
Ce fut formidable et inspirant d’interagir avec le directeur Michel Wolkowitsky qui a régulièrement pris le temps de découvrir ma pratique, de me parler de la sienne et d’échanger quelques points de vue sur la musique en général. Tout cela a constitué de belles conversations humaines et musicales.
Une résidence très productive qui donnera lieu, je l’espère à de nombreuses autres interactions et échanges enrichissants».

Nous n’en doutons pas et souhaitons à Sajan de belles nouvelles aventures et une bonne continuation dans tous ses projets  !

Sajan Sankaran et Michel Wolkowitsky

 

[1] Un gurukul est une école traditionnelle en Inde où les élèves (shishya) vivent près de leur gourou (enseignant), souvent dans le même logement, comme une sorte de famille.

 

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PULAK HALDER

ELIE CHOUFANI

ELIYA FRANCIS  

Carnet de résidence d’Eliya Francis

Nous avons eu l’immense plaisir d’accueillir l’artiste libanais Eliya Francis à l’Abbaye de Sylvanès du 5 au 25 juillet 2022 dans le cadre d’une résidence artistique organisée dans le cadre du programme NAFAS mis en place par l’Association des Centres culturels de rencontre.

L’objectif de ce programme NAFAS est de répondre à la crise qui frappe la scène culturelle libanaise et de permettre à des artistes libanais de résider dans un Centre culturel de rencontre afin d’expérimenter, créer et enrichir leur pratique.

Eliya Francis est un ténor libanais. Il a étudié la musicologie et le chant d’opéra classique à l’Université Saint-Esprit de Kaslik et a participé à plusieurs masterclasses internationales en France, en Italie, en Russie et en Allemagne. En 2012, il a remporté le prix Murex D’or du meilleur chanteur d’opéra du Moyen-Orient.

Eliya devant l’abbatiale de Sylvanès

Eliya a beaucoup apprécié son séjour parmi nous et a eu la gentillesse de rédiger quelques lignes sur son ressenti et son vécu de résidence. Nous avons l’immense plaisir de partager ci-dessous son chaleureux témoignage :

« J’écris cette lettre assis sur la rive de la timide rivière qui s’assèche presque et les brises du vent d’été soufflent de temps en temps. J’écris sur la fin de ma résidence à l’Abbaye de Sylvanès.
Que puis-je dire de cet endroit merveilleux ? Comment décrire la beauté et le charme de cette abbaye entourée d’arbres, d’eau, d’oiseaux, d’air frais et surtout de belles personnes.
Ici, on oublie les soucis de la vie, nous revenons aux racines où ni la télévision ni les réseaux sociaux ne nous détournent de la beauté de la nature.

Cette Abbaye, labellisée Centre culturel de rencontre reçoit des artistes du monde entier et les rassemble au nom de l’art, de la culture et de l’échange d’expériences. À chaque fois que je rencontre quelqu’un, il me dit que ce n’est pas la première fois qu’il participe à des stages dans ce lieu. Bien sûr, je connais très bien la raison de tous ceux qui viennent ici plus d’une fois, c’est Sylvanès le village charmant qui nous fascine sans qu’on s’en rende compte, alors on ressent le besoin de revenir une deuxième, une troisième… puis une dixième fois.

Je viens du Liban, le pays de la paix, de l’amour et de la beauté, du «SETTEDDONIA» la dame du monde BEIRUT, qui par jalousie de sa beauté, voulait qu’elle soit détruite. Ce fut la troisième plus grande explosion au monde qui a secoué toute l’humanité. Mais ils ont oublié que le Liban et les libanais sont du pays du phénix, qui se consume et renait de ses cendres. Alors je suis venu ici pour retrouver ma vie musicale.

L’atmosphère que procure cette abbaye convient très bien à quiconque veut se concentrer pour créer et produire de l’art. J’ai commencé à travailler sur un projet de fusionnement de la musique arabe orientale et occidentale, je me voyais participer à la masterclass de chant lyrique dirigées par Frédéric Gindraux, comme au stage « Chanter en Famille » dirigé par Béatrice Gaussorgues. Et avec mon grand amour pour ces familles qui viennent de toute la France louer Dieu avec leurs voix merveilleuses, j’ai eu l’occasion de leur apprendre un hymne en langue libanaise, et la grande surprise qu’ils l’ont chantée dans la messe du dimanche.

Aussi j’ai eu la chance de faire connaissance avec Bernard Tétu, chef de chœur modeste, très bon et au sourire affectueux. J’ai partagé beaucoup de discussions avec lui et les membres de l’Atelier-Choral qu’il encadrait durant une semaine à Sylvanès.  J’ai senti leur intérêt et la conscience de tout ce qui se passe au Liban, et à quel point ils sont solidaires avec les libanais.

À tout le personnel de l’Abbaye de Sylvanès, administrateurs, cuisiniers, agents d’entretien, techniciens et stagiaires, je vous remercie du fond du cœur pour votre travail, votre passion et votre esprit de famille, qui se reflètent sur nous. Alors on se sent chez soi.

Enfin, je fais comme aux noces de Cana de Galilée, je laisse le bon vin pour la fin, pour parler d’un leader, pédagogue, père, frère, ami… L’évocation de toutes ces qualités ne me suffit pas pour remercier Michel WOLKOWITSKY, pour son attention et sa présence dans les moindres détails lors de ma résidence à l’Abbaye.

Eliya et Michel Wolkowitsky, juillet 2022, Abbaye de Sylvanès

  •  Merci de m’avoir accordé de ton temps pour travailler sur ma voix.
  • Merci pour tout le temps de qualité qu’on a passé ensemble à Sylvanès et aux alentours
  • Merci de m’avoir donné l’opportunité de rencontrer des artistes du monde entier et de découvrir cette belle région
  • Merci de m’avoir offert la chance d’assister aux concerts du 45e Festival prévus durant ma résidence.
  • Merci pour le cadeau que tu m’as offert le jour de ma fête.

Comme j’aurais aimé que cette résidence dure plus longtemps.
Mais, je finis comme j’ai commencé : tout a une fin, je n’oublierai jamais les moments précieux et la chance que j’ai eue d’être ici, je remercie Dieu pour la fin de cette heureuse histoire.

Eliya FRANCIS, Sylvanès, 24 juillet 2022

 

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PULAK HALDER

ELIE CHOUFANI

SAJAN SANKARAN

Le photographe Pulak Halder accueilli en résidence

C’est avec grand plaisir que nous avons accueilli, du 24 au 29 juin, le photographe indien Pulak Halder dans le cadre d’une résidence artistique organisée en collaboration avec l’Association des Centres Culturels de Rencontre. Sa présence à l’abbaye de Sylvanès constitue la dernière étape (après La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon et de l’Abbaye Royale de Fontevraud)  d’un voyage long d’un mois en France  !
Au cours de son séjour, Pulak Halder aura pu travailler plus en profondeur sur son projet intitulé « Painting with Camera » [Peindre avec un appareil photo]. Intimement convaincu que « rien n’est terne ou insignifiant pour nous si nous l’examinons dans toute sa complexité », l’artiste travaille autour de différentes techniques de macrophotographie pour faire surgir, au creux des vues les plus banales, des scènes dignes des plus grandes peintures impressionnistes.

Nous avons pu interrompre son travail pour une brève entrevue consacrée à son expérience en France.

Pouvez-vous nous présentez votre parcours artistique ? Comment en êtes-vous venu à la photographie ?
J’avais l’habitude par le passé de prendre des leçons de modelage d’argile et de peinture, donc c’est par ces activités que j’ai commencé. Elles étaient néanmoins très difficiles, c’est pourquoi j’ai choisi l’appareil photo pour poursuivre mon activité artistique. J’ai toujours été attiré par la nature : j’avais l’habitude de prendre des photographies des paysages de montagnes lorsque j’allais randonner. En Inde, les montagnes de l’Himalaya sont très belles. C’est ainsi que j’ai commencé.
Il existe un pan en photographie qui se concentre sur des photographies de petites fleurs, d’insectes…ce type de détails. Donc quand j’allais randonner, je me concentrais sur les petits insectes. Un jour, alors que j’essayais de faire le focus sur un insecte posé sur un tronc d’arbre, j’ai vu, à travers l’objectif de l’appareil photo, sur le tronc d’arbre et à côté de l’insecte, une belle forme humaine. J’ai donc essayé de me concentrer sur ça, délaissant l’insecte. Et peu à peu, j’ai essayé d’obtenir d’autres photographies comme celle-ci. Pas régulièrement, mais je recherchais ces détails, ces formes humaines… C’est devenu très populaire.

Mon travail fut exposé par l’ICCR [Indian Council for Cultural Relations] qui, lorsqu’il vit mes photographies, m’organisa une exposition personnelle. Ce fut une autre source de motivation pour moi.
Par la suite, à Santiniketan, dans l’Etat indien du Bengale-Occidental, dix de mes photographies ont été choisies par Prakriti Bhavan – l’unique galerie d’art nature du pays – pour être exposées à vie.

 

Comment est né le projet sur lequel vous travaillez actuellement, Painting with Camera ?
Durant la pandémie de covid19, quand je n’avais pas la possibilité de sortir de chez moi autant qu’auparavant, lorsque je voyais des choses ordinaires telles que les banales vues des rues, des murs…elles m’apparaissaient de manière différente. Au début, quand je prenais des photographies de ces choses-là, je ne visais pas ce type de résultat : je faisais de l’abstrait. Puis un jour, alors que je prenais une photographie abstraite, j’y ai vu un beau paysage – exactement comme la fois où j’avais trouvé un visage humain avec l’insecte. Je me suis senti tellement effrayé : comment est-ce possible ? Est-ce de mon fait ou le travail d’une autre personne ? C’est impossible ! C’était comme de la magie, comme un miracle.

Pouvez-vous nous parler de votre expérience en résidence à travers la France ?
Avant toute chose, j’ai beaucoup aimé toute cette période de résidence. C’est la première fois que j’ai une telle opportunité. Quand je suis arrivé à Avignon, c’était une toute nouvelle expérience car l’église est immense. Je n’avais jamais vu ce type d’église en Inde. Et par le passé, quand je me rendais sur d’autres sites, j’y allais comme un touriste, sur les heures de visite. Mais là j’avais une totale liberté sur quand je venais et où j’allais. Je pouvais prendre les photos que j’aimais ; c’était vraiment intéressant pour moi.
Puis, après Avignon, je suis arrivé à Fontevraud. C’était un autre site immense, avec tant de choses à voir. Je suis allé à la bibliothèque et j’ai vu que de nombreuses personnes, d’autres photographes, avaient travaillé sur ce monument, que de nombreux travaux avaient déjà été faits et étaient consultables. Donc j’ai parcouru ces livres en tentant de comprendre ce que je pouvais faire.
Enfin, je suis arrivé ici. Le voyage en lui-même, les paysages, étaient très beaux. A Sylvanès, je me suis senti beaucoup plus comme à la maison. Les gens sont proches, vous êtes comme une famille. Je n’ai jamais eu le sentiment d’être un étranger. Dans l’ensemble, mon expérience ici fut très positive.

Concernant votre travail ici à Sylvanès, êtes-vous satisfait par les photographies que vous avez pu prendre ? J’ai souvenir d’une discussion, dimanche dernier, au cours de laquelle vous me disiez que vous rencontriez des difficultés à prendre en photo la voûte de l’église.
Oui, c’est très intéressant : tout au long de ce voyage, à Avignon, Fontevraud et puis ici, les structures architecturales de base sont similaires. Mais ici, il y a vraiment quelque chose de différent. Je n’ai pas pu recourir à la même technique dont je me sers habituellement pour prendre des photographies d’architecture. Je n’ai pas pu l’appliquer à cette architecture-ci : c’est donc devenu un défi. Je prenais des photos mais je ne réussissais pas à retranscrire l’effet de ce que, physiquement, je voyais et appréciais. J’ai alors essayé quelque chose de différent et j’ai exploré. Mais le lieu est magnifique !

 

Exemple de travail réalisé  par Pulak à Sylvanès à partir d’un détail d’une fresque : un vrai tableau impressionniste  ! 

Enfin, quels sont vos projets pour le futur, une fois de retour en Inde ?
Je dois faire une sorte de petit livre et une exposition de mon travail en Inde – et peut-être aussi à Avignon. J’ai soumis mon travail au directeur de la Collection Lambert, une collection d’art contemporain que j’ai visitée à Avignon. Il était très impressionné, donc c’est possible. Il faut soumettre mon travail à un comité qui en débattra. Et si j’ai l’opportunité de le montrer dans d’autres lieux, je le ferai. Je cherche les opportunités.
En Inde, le samedi et le dimanche, je fais une pause et je prends des photos ; puis durant la semaine, je travaille. La photographie est un loisir ; officiellement, je travaille comme scientifique dans un laboratoire de recherche. C’est la première fois que je peux passer autant de jours successifs à faire de la photographie, à penser à toutes ces techniques… Je peux uniquement faire cela lors d’une résidence. Je suis donc très reconnaissant envers l’ACCR pour cette expérience différente.

Cette mobilité s’inscrit dans le programme de résidences Odyssée, porté par l’Association des Centres Culturels de Rencontre et soutenu par le Ministère de la Culture et de la Communication, qui permet depuis 2003 à divers artistes, chercheurs et professionnels de la culture étrangers d’effectuer des résidences dans des centres culturels de rencontre français. Prenant en charge le logement, les frais de voyage et octroyant une bourse à chaque lauréat, l’association des Centres Culturels de Rencontre leur offre ainsi un temps de travail privilégié dans des cadres patrimoniaux exceptionnels tout en promouvant l’échange interculturel entre professionnels français et étrangers.

 

Propos recueillis, traduits et retranscrits par Blandine Bousquet, stagiaire au service médiation

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ELIYA FRANCIS 

ELIE CHOUFANI

SAJAN SANKARAN

 

Eva Vlavianos nous a quittés

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès de notre amie Eva Marava Vlavianos survenu en mars dernier.
Très attachée à l’abbaye de Sylvanès, elle y a encadré de nombreux stages d’iconographie byzantine pendant plus de 20 ans.
De nationalité grecque, Eva était diplômée d’Etat en iconographie et restauration d’icônes.
Les cours, les stages, les conférences ainsi que sa production personnelle lui ont permis d’acquérir une grande expérience sur les sujets religieux, ainsi que la technique et surtout la transmission de son art à celles et ceux en quête de spiritualité.

« L’échange crée entre les croyants de profonds liens oecuméniques, solides et amicaux. La technique, rigoureuse demande discipline et précision. Le choix du bois et sa préparation avec un mélange chaud composé de colle et de craie, l’or, les couleurs en poudre, le vernis nécessitent un travail appliqué et sérieux. Le symbolisme embellit la mise en couleur de paroles des Evangiles. Les témoignages de personnes, aussi bien de clercs que de laïcs, sont unanimes : en réalisant une icône, on dessine ce que Dieu dessine en nous : Amour, Partage, Joie. L’apprentissage est long car on interprète le sacré dans toute sa splendeur et il faut arriver à l’honorer avec respect et humilité. » 

Eva Vlavianos

Nous gardons précieusement  le souvenir de ton sourire, de ta gentillesse, de ton talent que tu savais transmettre avec passion !  Au revoir Eva  ! 

 

 

 

Rencontre avec Christopher Gibert, compositeur

Originaire de Rocamadour, ce jeune organiste, chef de chœur et compositeur s’est produit l’été dernier dans le cadre du festival avec son chœur de chambre Dulci Jubilo. Il reviendra lors de la saison 2022 pour une commande du 45e Festival.

A 28 ans, votre vie musicale est déjà bien remplie. Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Organiste à l’origine, j’ai étudié au conservatoire et à l’université en parallèle, aboutissant à un Master, un Diplôme d’Etat de professeur de musique, une licence d’interprète (DNSPM), un Prix d’analyse et un Prix de direction. J’ai eu la chance de croiser durant mes études des pédagogues inspirants qui m’ont construit et donné le goût du beau, la curiosité d’aller chercher une interprétation profonde et vraie. Je pense à Régine Théodoresco, Agnès Brosset, Gildas Pungier, Naji Hakim, Michel Bouvard, Rolandas Muleïka et tant d’autres professeurs bienveillants et passionnants.
J’ai fondé durant mes études le chœur Dulci Jubilo, devenu quelques années après un chœur de chambre professionnel. Mais je continue ce projet avec la même idée initiale : des artistes qui offrent leur talent à la musique, qui ont plaisir à partager leur passion du métier, et plaisir à se retrouver. Je porte une particulière attention à associer les voix de chacun en cohérence avec le répertoire abordé.

Christopher Gibert, Sylvanès 2021, © Marie Lamour

Comment êtes-vous arrivés à la composition ?
Par curiosité, envie d’expérimentation et par besoin de dire des choses grâce à la musique. Je n’ai pas suivi d’études supérieures en composition. J’ai en revanche fait mes classes d’écriture et de styles. Ma soif intarissable de découverte de répertoire, sans cesse à étudier, digérer, analyser, et les conseils amicaux de Naji Hakim, Patrick Burgan ou Thierry Escaich ont fait le reste.
En fait, je me conforme assez peu au modèle français du compositeur, qui dans la plupart des cas réalise des études spécialisées pour en faire son métier. Pour chercher une filiation, je me sens plus proche -par ma spécificité pour la composition chorale- de la lignée des organistes et chefs de chœurs anglais qui parallèlement à cela sont souvent des compositeurs très prolifiques.

A quand remonte votre première venue à Sylvanès ?
J’y suis venu, il y a quelques années chanter un Te Deum de Charpentier avec Antiphona, dirigé par Rolandas Muleïka. J’avais été séduit par ce lieu, assez isolé mais si vivant. Plus récemment, j’ai pu y passer quelques jours lors d’une résidence et j’ai été profondément touché par l’atmosphère positive et le calme de l’abbaye. C’est un lieu idéal pour s’épanouir artistiquement.

Comment avez-vous vécu votre concert donné cet été au festival ?
Un grand moment d’émotion, de communion avec les chanteurs, Thomas (l’organiste) et le public. Sylvanès est un lieu où l’on nous donne le temps de travailler, où l’accueil est serein et bienveillant. Toute l’équipe était ravie de ce moment, très intense ! Avec Thomas Ospital, nous avons aussi savouré ce moment en ayant le temps de travailler ensemble la veille, les choix de registrations de l’orgue.

Concert « Reflets croisés », août 2021, Festival de l’Abbaye de Sylvanès

Cela joue sur la subtilité du rapport entre l’instrument et le choeur. Souvent dans les festivals, les répétitions sont au lance pierre et ce temps là est très réduit voire inexistant. Nous nous faisons confiance, mais le travail est moins abouti avec autant de sérénité et d’assurance dans les équilibres.

Quelques mots sur votre projet de composition « Ode à l’Enfant Lumière » qui sera créé au festival le 7 août 2022 ?
Tout d’abord, je tiens à remercier Michel Wolkowitsky pour la confiance qu’il m’accorde dans la commande de cette oeuvre. « Ode à l’enfant lumière » est une cantate spirituelle dont le fil conducteur sont les textes lumineux de la messe de requiem. Ils sont mis en regard avec des poèmes, des textes hébreux et orthodoxes.
Mon idée est de construire à partir de cette source littéraire très riche un discours musical qui parle d’abord au coeur et à l’âme. Le choeur sera soutenu par l’orgue, un percussionniste et une harpe. Il y aura deux solistes, une voix de femme (soprano) et une voix d’enfant, plus fragile, plus pure encore. Cette fresque aux nombreuses couleurs de lumière sera mise en regard avec le fameux Requiem de Fauré, magnifique « berceuse de la mort » aux si tendres lignes et harmonies. Malgré la thématique aux apprêts tristes, je gage que ce programme et cette création seront marqués par l’espoir, la quiétude, la confiance et l’espérance.

 

Marc Loopuyt, explorateur et créateur en musiques traditionnelles

Marc Loopuyt, est-ce que vous pouvez vous présenter ?
On rougit toujours quand on doit se présenter soi-même ! (rires…) C’ est un peu difficile de trouver les mots pour résumer une saga musicale et humaine qui dure depuis plus de 50 ans ! En fait, j’ai toujours eu la chance d’avoir des éléments qui m’ont mis sur le chemin des musiques traditionnelles : instruments, voyages, séjours… et même tranches de vie.
Le premier élément mis sur ma route a été le flamenco, grâce à des immigrés andalous connus à Strasbourg et avec qui j’ai commencé la guitare. J’ai fait de multiples séjours en Andalousie pendant plus de 5 ans puis j’ai franchi le détroit de Gibraltar et j’ai passé 9 ans au Maroc : d’abord dans les montagnes chez les berbères, et ensuite à Fès, berceau de la musique arabo-andalouse.
Après le Maroc, je suis reparti en Turquie, où j’ai retrouvé la trace d’un grand maitre de luth oriental. J’y ai passé plusieurs années jusqu’à ce qu’il décède. Ensuite, je suis retourné en Orient, en Syrie et en Azerbaïdjan, dans le Caucase, pour travailler avec les gens dont la musique est la plus proche du chant des oiseaux.
Après tout ça, j’ai eu un poste de musique traditionnelle au conservatoire de Villeurbanne et j’ai continué parallèlement tous mes voyages et mes concerts. Désormais en retraite de ce poste de conservatoire, je suis dans un autre aspect de la musique universelle, dont les caractères correspondent d’ailleurs à la musique orientale : c’est le chant des oiseaux.
Ce qu’il faut souligner, c’est que tous les enseignements que j’ai reçus, en Espagne, au Maroc, en Turquie, en Azerbaïdjan etc se sont faits dans l’oralité ; c’est le passage direct de la musique, de celui qui connait à celui qui ne connait pas. Et donc tout ce que j’essaie de restituer passe également par l’oralité.

 

Le stage que vous animez du 10 au 13 août s’intitule « Chants de la Méditerranée : Danser et rythmer le chant », en quoi consiste-t-il ?
Il s’agit de faire fonctionner cette concomitance entre le chant et le rythme, qui manque souvent aux musiciens occidentaux qui sont passés par les conservatoires et donc essentiellement par l’écriture. Ils ont une conception du rythme pointilliste et géométrique, alors que pour les orientaux, le rythme est en phase avec la respiration profonde.
Pour apprendre les musiques de la Méditerranée, on doit apprendre le rythme en passant par la danse, par la respiration, par le corps… C’est cette conjonction-là entre le rythme profond qui soutient le chant que j’enseigne. Ça concerne des pièces du flamenco léger, les musiques de l’Afrique du Nord, de Turquie, certaines musiques arabes du Proche-Orient, de l’Azerbaïdjan, etc… et chaque fois c’est le même principe.


En plus, il y a un autre aspect qui est important dans le stage, c’est le fait que c’est un enseignement collectif : cela donne une force et une incrustation dans la mémoire qui est très particulière. On travaille toujours en cercle, parce qu’il y a quelque chose de magique dans la transmission. Dans ce cercle on est tour à tour assis, en train de chanter, debout, en train de danser et de chanter. Il y a aussi l’enseignement du tambourin et tout cet apprentissage débouche sur l’improvisation.
En résumé, le contenu du stage c’est : oralité collective, rythme et improvisation. C’est l’idée de renforcer l’équilibre rythmique dans la pratique des chanteurs.

Quel est le profil des stagiaires ?
Dans les profils, il y a des gens qui ont fait de la musique en conservatoire, des gens qui n’en ont pas fait, des gens qui chantonnent comme un oiseau sur leur branche, ou des gens qui ont une technique instrumentale.
Les points communs des stagiaires, c’est leur détermination et leur recherche de retour au naturel.
La détermination existe chez des personnes qui ont des profils très différents. J’ai des élèves qui viennent de l’académie, des conservatoires et qui manquent quelquefois de continuité, de souffle et de fluidité. Dans mon stage, on n’utilise pas l’écriture, ni la lecture du solfège : la musique traditionnelle s’enseigne comme vous-même avez appris à parler le français. Quand vous étiez bébé, on ne vous a pas assommé avec l’alphabet écrit, vous avez appris à parler par imprégnation. Cette idée fait partie de l’enseignement des musiques traditionnelles et ça concerne tout le monde. Il y a un aspect d’enfance. L’enfant a une réceptivité et quand il est heureux il danse, il a un sens rythmique. Donc le second point du profil, c’est un retour au naturel.

Quel est l’âge des stagiaires que vous avez déjà eu à Sylvanès ?
On a déjà eu des personnes de 20 à 75 ans ! Cela m’est déjà arrivé de faire travailler des générations différentes en même temps et ça ne pose aucun problème. Parce que quelque part, par exemple pour de jeunes enfants ou adolescents, on peut faire ressurgir une spontanéité qui rafraîchit complètement la psychologie d’un groupe.

Plus de renseignements sur ce stage du 10 au 13 août à Sylvanès.

 

Un mot sur ce lieu  : l’abbaye de Sylvanès que vous connaissez bien ?

Il y a 2 endroits qui sont déterminants pour moi :
• le scriptorium, quand je peux y travailler, on est tellement bien que les élèves ne veulent pas le quitter le soir ; on fait des fois 6-7h de musique dans la journée alors qu’il y en avait 5 d’annoncées ! Dans l’architecture du scriptorium, il y a vraiment quelque chose de merveilleux !
l’église abbatiale où j’ai fait plusieurs concerts avec des formules variées, qui vont de 1 à 8 ou 9 musiciens. Un spectacle qui a beaucoup compté pour moi, c’était il y a quelques années déjà, « Les deux Andalousies », sur les musiques des deux rives du détroit de Gibraltar, puisque j’ai vécu des deux côtés.

Les deux Andalousies , juillet 2017, Festival de l’Abbaye de Sylvanès © Orlane Fougeroux

 

Interview réalisé par Chloé Avoiron, stagiaire au service communication