Diana Baroni, l’âme des copleras argentines

Flûtiste virtuose et chanteuse argentine, Diana Baroni est décrite comme une « musicienne d’entre les mondes ». Elle s’est produite à plusieurs reprises au Festival de l’Abbaye de Sylvanès et elle sera de retour cette saison 2026, du 3 au 7 août à l’abbaye pour y encadrer un stage de chant sur le thème :  « Copleras : chants d’Argentine ». Diana nous éclaire sur ce répertoire traditionnel de femmes du Nord de l’Argentine.

 

Peux-tu expliquer ce qu’est la copla et ce que racontent ces chants de femmes venus du nord de l’Argentine ?
La copla est la forme poétique la plus répandue dans les chants des pays hispanophones, et plus particulièrement en Amérique latine. Il s’agit d’une strophe composée de quatre vers octosyllabiques, généralement avec une rime assonante entre les vers pairs, forme connue également sous le nom de « cuarteto de romance » proprement dite. Venue d’Espagne, de la tradition poétique du siècle d’or, elle s’est implantée dans le nord-ouest de l’Argentine, où elle est interprétée accompagnée de la « caja chayera » (tambour traditionnel). Les couplets sont pour la plupart improvisés; au-delà d’être un espace de liberté, de déclamation poétique, d’échange populaire, ces chants expriment tant la beauté des paysages comme la difficulté des femmes dans la vie quotidienne.

À travers tes créations, tu mets souvent en lumière la parole des femmes. En quoi les coplas participent-elles, selon toi, à cette expression féminine ?
Et bien, la copla incarne une pratique traditionnellement dédiée aux femmes, et notamment du nord de mon pays; avec le temps, elle a traversé des territoires, des générations et est devenue aussi un espace ludique entre hommes et femmes. Ce qui m’inspire dans ce genre, c’est le coté introspectif; la copla porte en elle une sorte de vérité, de revendication aussi; elle est très identitaire, ancrée dans le paysage, dans les communautés ancestrales, dans le temps présent, tout en venant de très loin.

Diana Baroni, cloître de l’Abbaye de Sylvanès, avril 2021 ©Erol Gum

Comment transmets-tu cet art de la copla au cours d’un stage de quatre jours ?
L’idée est de vraiment découvrir ce genre sans s’imposer de nécessairement le reproduire, mais de comprendre la pratique et l’exercice. Nous allons surtout travailler les textes, sur la base de compilations que j’ai faites moi-même ou des musicologues, pour scander les paroles sur le tempo traditionnel de la « caja » (le tambour qui accompagne ce chant). Il s’agit plutôt de ressentir et s’approprier par la voix et le corps cette pratique, pendant laquelle on fait d’ailleurs dialoguer des groupes de chanteurs – copleros – en créant des joutes d’improvisation.

À qui s’adresse ce stage ? Faut-il avoir une expérience vocale, savoir lire la musique ou parler espagnol pour y participer ?
Ce stage s’adresse à tous car ce genre est né de l’oralité. Bien entendu, parler espagnol est un atout, mais il ne faut pas que cela soit un blocage… Tout le monde est bienvenu !

Tu es venue à plusieurs reprises à Sylvanès : quel est le meilleur souvenir que tu gardes du lieu ?
Pour moi Sylvanès est un espace de création, d’inspiration, de recueil… Le lieu vous parle, les murs sont imprégnés de sons. Nous avons enregistré MUJERES il y a quelques années, peu après le confinement; c’était le printemps, et le silence nous envahissait avec douceur quand nous arrêtions les séances d’enregistrement dans le réfectoire. Lors d’une soirée, nous avons confectionné des couronnes de fleurs pour imaginer la couverture du disque; l’idée est née ainsi, et c’est ensuite avec Erol Gum que nous avons recréé la vision !

Y a-t-il une figure féminine d’Amérique du Sud — artiste, poétesse ou chanteuse — qui t’inspire particulièrement dans ton parcours ?
Oh là là, pas qu’une ! Les femmes sud-américaines sont un peu partout dans mon espace d’inspiration : Alfonsina Storni, Frida Kahlo, Luzmila Carpio, Leonora Carrington, Violeta Parra, Chavela Vargas entre autres… Et une nouvelle muse, qui vient de ma ville natale : Emilia Bertolé, poétesse et peintre, qui fera l’objet d’un projet pour 2027 avec le Quatuor Zaide.


Renseignements sur le stage du 3 au 7 août 2026


en savoir plus sur l’actualité de Diana Baroni
SITE DIANA BARONI

Découvrir un extrait de son dernier album Madre Selva : « Vidala del ultimo dia »

A vol d’oiseau entre musique et environnement

Déjà fortement engagée dans le domaine de l’éducation à la nature et à l’environnement à travers ses divers projets (Des pieds et des mains pour la forêt, dialogue avec le rossignol, Forêt en fête…), le Centre culturel de rencontre de l’Abbaye de Sylvanès poursuit son travail de sensibilisation en 2026 avec le nouveau projet d’éducation artistique et culturelle « À vol d’oiseau ».

Développé par les artistes de la Chapelle Harmonique, « À vol d’oiseau » propose aux élèves un programme inédit pour les sensibiliser à la richesse de la biodiversité. En reliant la musique aux oiseaux, ce dispositif associe originalement éducation musicale et éducation à l’environnement par l’intermédiaire d’ateliers immersifs (pratique avec des appeaux, apprentissage de chant, écoute musicale et sortie nature).

En avril et en mai, deux classes maternelles et élémentaires de La Claparède et Saint Izaire, soient 30 élèves au total bénéficieront d’une série de 3 ateliers, qui, portés par des artistes et des médiateurs spécialisés, s’inscrivent pleinement dans les trois piliers de l’EAC : la pratique artistique, la rencontre avec les œuvres et les artistes et l’acquisition de savoirs.

Ces ateliers invitent les enfants à une immersion ludique et pédagogique dans l’univers des oiseaux : leurs chants, leur richesse biologique et leur influence sur l’histoire musicale.
• Atelier 1 : imiter, observer et reconnaître les chants d’oiseaux avec des appeaux et découvrir comment les oiseaux ont inspiré les compositeurs du Moyen Âge à aujourd’hui, un atelier animé par Armelle Supervie, médiatrice scientifique et musicienne.

• Atelier 2 :  apprentissage de deux chants « Les Rossignols » de Ballard et « Le concert des oyseaux » de Moulinié , un atelier de chant sous la conduite de Emilie Boudeau, chanteuse soprano.

• Atelier 3 : intervention prévue de La Ligue de Protection des oiseaux pour fabriquer une mangeoire, un nichoir ou profiter d’une sortie nature.

Face à l’urgence écologique, voilà une belle parenthèse poétique et pédagogique qui permettra aux adultes de demain d’apprendre à tendre l’oreille… et à regarder la nature autrement.

Ce projet est développé dans le cadre de la campagne départementale des Parcours d’Education artistique et culturelle -1er degré, en partenariat avec la Direction des services départementaux de l’éducation nationale de l’Aveyron et avec la Ligue pour la Protection des oiseaux de l’Aveyron.

Les résidences du printemps à l’abbaye

En avril, l’Abbaye de Sylvanès accueille deux résidences artistiques.

Du 6 au 12 avril, « Sukoon » : une traversée musicale entre les mondes

Sukoon est une fusion unique de cultures et de sons, née de la rencontre entre deux musiciennes syriennes, Sarah Abo Aljadail, artiste plasticienne-chanteuse et Sadim Alzafari, chanteuse-joueuse de oud avec le guitariste mexicain, Gregorio Orozco. La musique de Sukoon est un voyage, une conversation entre différents héritages, une célébration des expériences partagées de trois artistes originaires de pays marqués par le colonialisme et la dictature. Ils explorent ensemble les riches traditions musicales arabes et mexicaines, à la recherche de ce qui les unit au-delà des frontières.

En résidence à Sylvanès dans le cadre du programme Nora de l’Association des Centres culturels de rencontre, ils approfondissent ce dialogue à travers des chants inspirés par la liberté, la paix, l’amour et la diversité. Ce temps de création leur permet d’explorer de nouvelles compositions et d’enrichir leur univers artistique au contact du lieu. Ils reviendront en résidence cet été, du 24 au 28 août pour finaliser la création de ce fascinant programme qui sera dévoilé dans le cadre du festival le 28 août à 21 h. Le trio invitera le public à plonger dans cette aventure musicale où les mélodies du Moyen-Orient rencontrent les rythmes de l’Amérique latine.

Du 27 au 30 avril, « le Miroir des Anges » : de la création à l’enregistrement

Créée le 19 mai 2024 à l’Abbaye, le Miroir des Anges, œuvre poétique et musicale de Christophe Guyard entre aujourd’hui dans une phase d’enregistrement, marquant l’aboutissement du projet.

La genèse du Miroir des Anges est liée à l’expérience vécue par Christophe Guyard au sein de l’abbaye lors de la résidence de création de la première du Requiem de Thierry Huillet au festival Musiques sacrées- Musiques du monde de l’abbaye de Sylvanès en 2018. Au cours de cette résidence, le compositeur-organiste fut émerveillé par les anges de la chapelle russe. Ces anges ont continué à l’inspirer bien au-delà de cette résidence, devenant une source de créativité durant les périodes de confinement en 2020. C’est dans ce contexte qu’il a composé cette œuvre et a partagé l’évolution de son travail avec la soprano Laura Tătulescu, malgré la distance.

Conçu comme un cycle musical poétique et spirituel pour voix et piano, Le Miroir des Anges explore, à travers huit pièces, différentes figures de l’ange : présence intérieure, messager, passeur, gardien, ou encore souffle cosmique.
L’œuvre interroge moins la croyance que l’expérience sensible : celle d’une médiation entre l’humain, le temps et l’invisible.
Le cycle a été créé le 19 mai 2024 à l’Abbaye de Sylvanès, avec la soprano Laura Tătulescu et la pianiste Sophie Raynaud. Cette création a marqué la naissance publique de l’œuvre.

La résidence proposée aujourd’hui s’inscrit dans une seconde étape essentielle, rarement formalisée : celle de la transmission après la création. Ce travail d’enregistrement réunira autour de Christophe Guyard à la direction artistique la pianiste et cheffe de chant à l’Opéra de Munich Sophie Raynaud et la soprano Delphine Mégret.

« Cet enregistrement n’a pas, dans un premier temps, de finalité discographique commerciale. Il est pensé comme un outil de transmission : – pour permettre à d’autres interprètes de s’approprier l’oeuvre, – pour documenter durablement le cycle, – et pour nourrir la mémoire artistique de l’Abbaye  » précise le compositeur.

Une première académie de composition chorale

C’est à l’initiative du directeur artistique de l’Abbaye Michel Wolkowitsky et du chef de chœur et compositeur Christopher Gibert qu’a été créée à Sylvanès cette première Académie à destination de jeunes compositeurs et compositrices.

L’Académie de Composition Chorale de Sylvanès se veut être un lieu unique de transmission, de formation et d’exploration dédié à la création contemporaine pour chœur et pour voix. Placée sous le parrainage artistique du compositeur Thierry Escaich, elle s’adresse à de jeunes créateurs désireux d’approfondir l’écriture vocale et de s’immerger dans l’univers exigeant et spécifique de la composition chorale.

Michel Wolkowitsky entouré de Christopher Gibert et Thierry Escaich

Pensée comme un véritable tremplin pour une nouvelle génération de compositeurs et compositrices, l’Académie propose un parcours complet, de l’esquisse à la diffusion, afin de répondre aux enjeux actuels du développement du répertoire choral français.

Le projet se développe en deux temps forts à l’Abbaye de Sylvanès :

• Du 1er au 3 mai 2026
D’abord, une session d’échanges, de réflexion et de travail « à la table » avec Thierry Escaich, au cours de laquelle les compositeurs sont accompagnés dans l’élaboration de leur œuvre avec leur langage, l’exploration des potentialités vocales et la mise en musique de textes français. Cette phase fondatrice permet d’inscrire chaque œuvre dans une démarche artistique personnelle, nourrie par l’expérience d’un compositeur majeur de notre temps internationalement reconnu.

 • Du 16 au 20 septembre 2026
Puis vient la résidence de « mise en voix » à Sylvanès, au cœur d’un patrimoine exceptionnel dont l’acoustique et la beauté nourrissent l’inspiration. Les œuvres y prennent vie grâce au chœur professionnel Dulci Jubilo, dirigé par Christopher Gibert, un instrument d’excellence reconnu pour sa précision, sa souplesse et son engagement en faveur de la création contemporaine. Le contact direct avec les chanteurs, leurs timbres, leurs possibilités techniques et expressives, constitue un moment déterminant de la formation : les partitions se façonnent, se transforment et s’accomplissent dans l’échange et l’expérimentation.

Le chœur professionnel Dulci Jubilo placé sous la direction de Christopher Gibert

Cette Académie constitue ainsi un espace privilégié d’apprentissage, où la technique, l’imaginaire et la pratique professionnelle se rencontrent pour faire émerger de nouveaux répertoires chorals français. Deux ambitions majeures guident ce projet : offrir à de jeunes compositeurs une formation d’exception, et enrichir durablement le paysage choral contemporain.

Les œuvres réalisées font l’objet d’une restitution publique le dimanche 20 septembre en l’abbatiale de Sylvanès, puis d’une captation professionnelle en vue d’une diffusion à travers le label Anima Nostra et le Centre culturel de rencontre de Sylvanès, assurant aux jeunes compositeurs une visibilité concrète et une première insertion professionnelle.

Soutenue par un territoire inspirant, sublimée par un ensemble vocal d’excellence et nourrie par l’accompagnement d’un maître de la création, l’Académie de Sylvanès affirme son ambition : donner naissance aux voix chorales de demain, et écrire aujourd’hui le futur de la musique vocale française.

Infos pratiques :
Deux sessions
indissociables : du 1er au 3 mai et du 16 au 20 septembre 2026
Coût pédagogique  : 300 € pour les deux sessions (frais d’hébergement et de restauration en sus)
Effectif maximum : 3 compositeurs et 3 compositrices
Candidatures jusqu’au jeudi 2 avril sur le site de l’abbaye  : Déposez votre candidature 

En savoir plus sur  :
Thierry Escaich
Christopher Gibert et Dulci Jubilo
L’Association Anima Nostra

La Belle et le Loup : du spectacle au disque !

Initié en 2022 par l’Abbaye de Sylvanès en coproduction avec Les Oreilles en Eventail (30), le projet d’éducation artistique La Belle et le Loup a poursuivi son aventure en 2023 puis en 2025 du côté de l’Aveyron.

De novembre à avril, 70 élèves de CM et de 6e de l’ensemble scolaire Saint-Michel de Belmont-sur-Rance ont vécu un véritable parcours artistique, rendu possible grâce au Pass Culture. Au total, 66 heures d’ateliers de chant et de mise en scène, guidés par Cécile Veyrat : une préparation exigeante qui les a menés le 30 avril jusqu’à la scène de Saint-Affrique, aux côtés de dix chanteurs-acteurs professionnels et devant 450 petits et grands spectateurs !

Et l’aventure ne s’est pas arrêtée là : un album audio du spectacle a été enregistré au printemps 2025, entre le collège et le studio. Grâce à une collecte participative menée à l’automne, les fonds nécessaires ont été réunis pour que le disque voie le jour, prolongeant ainsi cette expérience artistique et humaine exceptionnelle.

Séance d’enregistrement avec l’Ensemble scolaire Saint-Michel de Belmont-sur-Rance

La sortie du CD (produit par les Oreilles en Eventail) est prévue fin février 2026  et sera disponible à la vente à partir de mi-mars à l’abbaye de Sylvanès au tarif de 20 €.

Écoutez ci-dessous l’extrait 1 – Introduction

Les Mécanos & Pascal Caumont en résidence de création à l’abbaye

LES MÉCANOS, Ensemble de voix d’hommes & Pascal CAUMONT
Du 8 au 12 juin 2026 – Abbaye de Sylvanès

Du 8 au 12 juin 2026, l’abbaye de Sylvanès accueillera une résidence de création singulière réunissant Pascal Caumont, chanteur, compositeur et professeur au Conservatoire de Toulouse, et l’ensemble vocal masculin Les Mécanos autour d’un projet inédit : LINHA[A]. Durant une semaine de travail à Sylvanès, sous la direction artistique de Pascal Caumont, Les Mécanos exploreront et interpréteront un répertoire de polyphonies méridionales a cappella, mêlant tradition orale et création contemporaine. Le fruit de cette création sera dévoilé sur scène le mardi 14 juillet 2026 à 17 h, à l’occasion du 49ᵉ Festival de l’Abbaye de Sylvanès.

Le projet musical LINHA(A) : lignée (vivaro-alpin)

Signifiant « ligne » en vivaro-alpin, LINHA[A] s’inscrit pleinement dans la démarche artistique des Mécanos et de Pascal Caumont, fondée sur le travail de la mémoire populaire à partir de collectages de chants et de témoignages. Il dessine un lien vivant entre tradition orale et création contemporaine, faisant entendre des polyphonies à voix d’hommes issues des répertoires traditionnels, profanes comme sacrés, ainsi que des compositions nourries de ces pratiques populaires toujours actives. Dix voix d’hommes a cappella interprètent des chants en français et en occitan, tout en ouvrant le répertoire à l’ensemble des territoires des Pyrénées occitanes et catalanes jusqu’aux Alpes italiennes.

© Les Mécanos

 

LES MÉCANOS, Ensemble de voix d’hommes

Trois ans après leur EP éponyme suivi d’une centaine de concerts à travers la France, l’Europe et au Canada, Les Mécanos sortent leur premier album : USURES. Poursuivant leur exploration de la polyphonie occitane, les dix musiciens confirment leur appartenance à cette nouvelle génération issue des musiques dites « traditionnelles » (Barrut, Cocanha…). Basé à Saint-Étienne et ses alentours, le collectif réinvente une musique populaire qui prend racine dans l’histoire de ce bassin industriel.

Dans la lignée d’une sono mondiale créative, USURES perpétue la polyphonie occitane tout en l’inscrivant au cœur des musiques actuelles. Les dix voix des MÉCANOS se mêlent aux tambours et percussions pour chanter en français et en occitan les luttes passées et actuelles. Dix titres inspirés des musiques traditionnelles pour écrire une histoire populaire faite de complaintes, de révolte, de danse et d’espoir.

En bénéficiant de l’expérience de Pascal Caumont et de son expertise musicale dans ce projet, Les Mécanos poursuivront leur travail vocal, initié en 2019 auprès de Lutxi Achiary et poursuivi avec Titouan Billon en 2024. Ce travail et cette recherche s’articulent autour de plusieurs axes : le timbre et ses différentes couleurs dans les placements vocaux du chant populaire méridional ; la vibration harmonique collective et corporelle située dans un espace résonnant ; l’ornementation et la variation propres aux répertoires traditionnels ; et enfin le phrasé dynamique non pulsé d’une mélodie aux rythmes irréguliers, typique de la polyphonie pyrénéenne.
En savoir plus sur Les Mécanos

Rendez-vous le 14 juillet 2026 à 17 h dans l’abbatiale de Sylvanès pour la première de cette création inédite.

Un hommage vibrant à Venise et Vivaldi !

Dimanche 17 août au soir, dans les murs chargés d’histoire de l’abbatiale, s’est tenu un concert pas comme les autres. À l’occasion du tricentenaire des Quatre Saisons de Vivaldi, l’Orchestre de Chambre de Toulouse sous la direction de Thierry Huillet a proposé une interprétation pleine de souffle et d’originalité, redonnant vie à une œuvre pourtant jouée depuis des siècles.
Vivaldi, maître des contrastes, excellait dans l’art de faire dialoguer le violon soliste et l’ensemble orchestral. Fidèle à cet esprit, mais avec une touche de modernité, cette création du festival « Vivaldi : le violon des quatre saisons » associait musique et récit.
La soliste Clara Cernat, par sa virtuosité lumineuse et sa fougue, incarnait le violon des Quattro Stagioni et donnait vie aux couleurs de chaque saison, du frisson glacé de l’hiver aux éclats orageux de l’été. Elle signait aussi le texte du spectacle, un récit sensible et imagé qui donnait chair au « prêtre roux » et éclairait avec une chaleur lyrique le contexte de naissance de son chef-d’œuvre.

La direction artistique et musicale de Thierry Huillet accompagnait cette virtuosité avec finesse, guidant l’orchestre et orchestrant le dialogue subtil entre narration et musique. Le texte de Clara Cernat prenait corps grâce aux trois voix sur scène : Pauline Cheviller (dans les rôles du violon et de Maria), Delphine Mégret (le rosier) et Michel Wolkowitsky (narrateur et Vivaldi lui-même). Ensemble, ils sublimaient le texte, donnant chair à l’ingéniosité de Vivaldi et renforçant l’union entre musique et récit.

Mais il ne s’agissait pas seulement de raconter une vie. Le spectacle montrait aussi l’héritage d’une œuvre universelle. À travers Maria, une enfant apprenant à découvrir et à apprivoiser le violon, le public se retrouvait lui-même : pas à pas, chacun entrait dans l’univers de Vivaldi, apprenait à écouter et finissait par en saisir toute la beauté et l’importance.
Ce concert fut bien plus qu’une célébration musicale. Entre le jeu sensible des musiciens de l’Orchestre de chambre de Toulouse et la narration incarnée des comédiens, le public a redécouvert une œuvre monumentale, éclairée d’un jour nouveau. Une soirée où musique et théâtre se sont unis pour offrir un voyage vibrant, dans l’histoire intemporelle du violon et des saisons.

Alannah Santos de Almeida

L’esprit des steppes a plané sur l’Abbaye

Le dimanche 20 juillet au soir, dans le cadre du 48e Festival, un spectacle d’une intensité émotionnelle rare a résonné entre les murs de l’église. Ce soir-là, le public s’est laissé emporter dans un voyage sensoriel entre deux cultures désormais unies. Le duo Yidjam a fait vibrer des instruments millénaires, porteurs d’une histoire profonde, avec une harmonie saisissante.

Dès les premières notes, une énergie fébrile s’est installée. L’évocation du cheval, figure emblématique de leurs terres lointaines, surgissait dans les sons puissants du morin khuur, la célèbre vièle mongole à tête équine, et dans le chant diphonique de Dalaïjargal Daansuren, à la fois guttural et aérien, capable de produire deux notes simultanées. Cette technique vocale ancestrale, enracinée dans les traditions chamaniques, évoque les forces de la nature et transporte l’auditeur au cœur des vastes steppes de Mongolie.

À ses côtés, Jiang Nan faisait résonner les vingt et une cordes du guzheng, grande cithare chinoise au timbre cristallin, héritière d’une tradition vieille de plus de deux mille ans. Sa voix, aussi puissante que celle de son partenaire mais fluide comme le vent glissant sur les plaines, lui répondait avec justesse, tissant un contrepoint subtil et apaisant au chant diphonique. Ses doigts couraient avec précision sur l’instrument, alliant grâce et intensité, modulant chaque note grâce aux chevalets mobiles et aux techniques complexes de pincement. Le guzheng, tour à tour subtile ou percussif, évoquait les murmures d’un ruisseau ou les grondements d’une tempête. Il écrivait des récits, peignait des paysages de rivières et de montagnes, en écho au souffle brut du morin khuur, tissant un dialogue ancestral entre les steppes mongoles et chinoises.

Oscillant entre musiques traditionnelles et arrangements revisités, le duo a révélé une synergie rare et profonde, jouant sans partitions, guidé uniquement par la confiance mutuelle et de subtils échanges de regards. Porté par des musiques inspirées de la nature, des esprits et des chants d’amour, l’espace sacré de l’église s’est métamorphosé le temps d’une soirée en une contrée lointaine et envoûtante.

La connexion quasi mystique entre la Mongolie et la Chine n’en était pas moins ponctuée d’humour et d’échanges chaleureux avec le public. Entre plaisanteries complices et initiation au chant diphonique, l’auditoire s’est laissé emporter, conquis, jusqu’à offrir au duo une ovation debout amplement méritée.

Qui sait, peut-être que l’un des spectateurs est même reparti avec une nouvelle technique vocale en poche ?

Alannah Santos de Almeida

 

 

Mathieu Fantin : l’apprentissage par l’éveil musical

Mathieu Fantin est un musicien spécialisé dans les instruments anciens, principalement médiévaux. Il joue dans plusieurs groupes mêlant musiques actuelles et rock celtique médiéval, avec des instruments d’époque comme la vielle à roue, le nyckelharpa ainsi que diverses cornemuses. Passionné de découverte et de transmission, il intervient régulièrement en milieu scolaire et en crèche pour initier les enfants aux sonorités anciennes et peu courantes, mêlant éveil musical et contes inspirés des légendes médiévales. Son travail avec les jeunes nourrit sa démarche artistique et lui procure une grande satisfaction, notamment lorsqu’il voit l’intérêt et la curiosité des enfants pour ces musiques d’un autre temps.

La musique comme passerelle

Pour Mathieu Fantin, chaque intervention est une invitation à rêver. Avec ses instruments, il tisse un lien unique entre musique, conte et imaginaire. Ses ateliers, souvent ponctués d’histoires médiévales ou de légendes réinventées, deviennent de véritables voyages sensoriels pour les enfants.
« Ce que je veux, c’est leur transmettre de la découverte, titiller leur imaginaire avec des histoires, des contes et des légendes. Qu’ils sortent un peu de l’ordinaire avec quelque chose qu’ils ne voient pas tous les jours.»

Cette approche narrative transforme l’éveil musical en aventure. Les enfants ne sont pas seulement spectateurs, ils deviennent explorateurs d’un monde sonore aux textures nouvelles. Ils écoutent, participent, posent des questions. Et c’est exactement ce que Mathieu recherche. Pour lui, l’important n’est pas que tout soit retenu, mais que quelque chose résonne. « Provoquer quelque chose en eux et que cela reste, peu importe la forme que ça prendra et même s’ils l’oublient par la suite, ce n’est pas important : ils auront vu et entendu quelque chose. »

Créer du lien, décloisonner les mondes

Mathieu n’enferme pas ses interventions dans un carcan pédagogique. Bien au contraire, il joue sur les contrastes, les ruptures, les différences. Entre les sonorités d’une musique médiévale et la douceur d’une mélodie ancienne, il travaille au croisement des sensations, des émotions et de la mémoire. Ces ateliers sont un véritable espace d’expérimentation pour Mathieu, ce qui lui permet d’affiner sa pratique, tester de nouvelles idées, enrichir son univers musical.
Il adapte en permanence ses formats, ses récits, ses interventions. Il intègre parfois des instruments venus d’ailleurs, des objets sonores insolites, des textures inattendues. Son cadre de travail évolue, s’élargit, sans jamais perdre son cap.
« Quand je vois qu’il y a quelque chose qui fonctionne, je l’alimente, je l’améliore. Mais je ne m’interdis pas d’évoluer et de partir dans vers d’autres horizons. Je reste principalement dans l’instrumentarium médiéval, car l’objectif est de toujours leur faire découvrir des instruments qu’ils n’ont pas l’habitude de voir ni d’entendre. »

Ce travail de fond, patient et discret, finit parfois par porter des fruits inattendus. Comme ce jour où il reçoit un mail d’un jeune réalisateur de films. Un ancien élève, aujourd’hui adulte, qui se souvient encore de l’intervention de Mathieu en primaire et lui propose de composer la musique de son court-métrage. Selon Mathieu, ce sont ces moments-là qui lui font prendre conscience de la valeur de son travail, de ce qu’il transmet.

Propos recueillis et article rédigé par Fatoumata Sidibe, stagiaire au service communication

Eurydice & Pyrène : deux mythes, deux résidences

Au printemps et à l’automne, l’Abbaye de Sylvanès offre un cadre particulièrement favorable pour les artistes en résidence qui, détachés de leur quotidien, travaillent quelques jours durant à la maturation et la création de futurs projets musicaux.
La chanteuse, pianiste, autrice et compositrice Cécile Veyrat l’a tout récemment expérimenté : lors de sa résidence du 7 au 11 mai, elle a travaillé sur son prochain spectacle solo Eurydice. Du 24 au 28 mai, c’est le Duo Dyane formé par la chanteuse Delphine Mégret et le musicien-compositeur Yannaël Quenel qui posera ses valises à l’abbaye. Leur nouveau projet de spectacle musical Pyrène nous plongera également dans la mythologie en revisitant la légende grecque de Pyrène et Hercule.

Eurydice, une relecture en chansons du mythe d’Orphée
Avec cette création, Cécile Veyrat revient au spectacle pour adultes et au « seule en scène ». Elle y explore le mythe d’Orphée et vient donner une nouvelle voix à Eurydice, une figure féminine trop souvent reléguée au second plan, une femme mystérieuse et sensible qui descend aux enfers pour retrouver son amour…
Le récit qu’elle propose est une version très personnelle du mythe où Eurydice et Orphée sont deux facettes d’une même personne. Ce spectacle poétique et philosophique mêlera conte traditionnel, chanson et arrangements musicaux variés, allant du classique au jazz, en passant par la musique actuelle. Il sera essentiellement composé pour piano-voix, enrichi par l’accordéon, le synthé ou la pédale loop. La composition intègrera également des sons organiques, des sons de la nature pour créer un univers onirique et fantastique.
Après la phase d’écriture et de composition, viendra pour l’artiste le temps de la mise en scène confiée à Anne-Valérie Soler. Celle-ci inclura des mouvements, des ambiances sonores en live, et une utilisation innovante du son comme matière vivante.

Ce projet est subventionné par le Conseil Départemental du Gard

Pyrène, une création audacieuse mêlant voix lyrique, musique baroque et électro
Dans ce spectacle musical, le duo Dyane revisite la légende grecque de Pyrène et Hercule sous un angle contemporain en alliant héritage mythologique, patrimoine musical et création sonore.
La légende raconte comment Pyrène, fille du roi des Békrydes, célèbre pour sa beauté et sa bonté est morte d’amour pour Hercule. Son tombeau, montagne de pierres devint alors les Pyrénées.
À travers une sélection de pièces baroques résonnant avec cette légende (chants d’amour, de deuil, d’exil ou de métamorphose), le duo tisse une narration musicale originale. La fusion entre voix lyrique, musique électro et répertoires anciens permet de créer une œuvre à la fois poétique, et mystérieuse.
Ce spectacle se distingue par son dispositif sonore et visuel innovant, conçu pour immerger le public dans la narration. La mise en scène du spectacle intègrera une création vidéo et lumière, offrant ainsi une expérience immersive hors du commun, adaptable pour différents lieux avec chacun leurs spécificités acoustiques et architecturales (églises, cathédrales, grottes…).

« Eurydice » et « Pyrène » sont deux projets inspirés de la mythologie qui proposent des expériences artistiques à la fois immersives, poétiques et profondément humaines. Ils invitent le public à une réflexion sensible sur ces récits mythologiques et sur leur résonance dans notre vie quotidienne.
Voilà de bien belles promesses artistiques pour ces deux spectacles … mais il faudra patienter jusqu’en 2026 pour les découvrir sur scène !