Denise et Craig Schaffer : passion Géorgie
Denise et Craig Schaffer étaient fait pour se rencontrer. Elle est péruvienne, lui californien et depuis 20 ans, ils partagent une passion commune : la polyphonie géorgienne. Tous deux ont fondé l’ensemble Mze Shina qui signifie « soleil intérieur » en géorgien. Partenaires de chant à la scène comme dans la vie, ils créent une musique où le chant, la polyphonie et la résonance vibratoire sont sources d’émotion et d’énergie. Ils encadreront un stage du 24 au 28 août à l’Abbaye de Sylvanès et nous invite à en savoir plus sur ce répertoire unique, déclaré chef d’œuvre du Patrimoine mondial de l’Unesco.
Pouvez-vous vous présenter et expliquer comment est né votre passion pour les chants polyphoniques géorgiens et ce qui vous a donné envie de les transmettre ?
Je m’appelle Denise Schaffer, je suis chanteuse, musicienne, cheffe de chœur. Je suis née au Pérou et suis arrivée en France à l’âge d’un an. Après avoir étudié la musique turque avec Talip Özkan, je suis tombée dans la polyphonie géorgienne suite à la rencontre avec l’ensemble Marani dont faisait parti Craig.
Je suis Craig Schaffer et je suis issu d’une famille de musiciens. Né en Californie, je suis arrivé en France en 1993. J’ai fait mes premières scènes au sein du groupe irlandais Spiral Band pour ensuite me concentrer sur le répertoire géorgien.
En 1996, le directeur de l’ensemble Frank Kane a organisé un premier voyage en Géorgie : c’est cette année-là que nous avons décidé de former le trio Mze Shina. Ce pays était à l’époque très peu touristique mais l’accueil des géorgiens, et surtout les chants lors des repas chantés, nous ont bouleversés. Depuis, nous n’avons eu de cesse de retourner en Géorgie pour y travailler avec les anciens, des grandes chanteuses et chanteurs porteurs de cette tradition, d’incroyables maîtres de chant, et nous n’avons eu de cesse d’interpréter et faire découvrir ce répertoire.
Les polyphonies de Géorgie sont encore peu connues en France. Qu’est-ce qui les rend uniques et si particulières à vos yeux ?
La polyphonie géorgienne est unique car d’une extraordinaire richesse et diversité, elle a été déclarée Chef d’Œuvre du Patrimoine Oral et Immatériel de l’Humanité par l’UNESCO en 2001, c’est à dire parmi les premiers patrimoines immatériels. Cette tradition orale, principalement à trois voix, remonte à la nuit des temps et se pratique toujours de nos jours, la transmission orale se poursuit aujourd’hui jusqu’aux jeunes générations. Les chants du répertoire populaire sont liées à toutes les activités de la vie quotidienne et sont principalement aujourd’hui chantés à table au moment des banquets chantés appelés Soupra. De plus, il existe un vaste répertoire de chants liturgiques orthodoxe car la Géorgie a été christianisé au IVe siècle, et ces chants sont issus de très anciennes académies. En somme, la richesse et l’extraordinaire harmonie de ce répertoire populaire et liturgique ne cesse d’étonner les musicologues et musiciens du monde entier comme par exemple Stravinski ou Bartók. Par ailleurs le répertoire comporte également des chants datant de l’ère pré-chrétienne liés à des rituels tels que des hymnes au soleil ou à la nature.
Écouter « CHKIM TCHONGOURI » de Mze Shina
A qui s’adresse ce stage de chant ? A quoi peuvent s’attendre les participants et que souhaitez-vous qu’ils retiennent à l’issue du stage ?
Le stage s’adresse à toute personne qui souhaite découvrir un répertoire unique car cette tradition orale ne demande pas de connaissance en solfège et nous travaillerons sans partition. Comme pour beaucoup de chants traditionnels, la puissance du son vibratoire véritablement « physique » qui se dégage de la polyphonie géorgienne repose en grande partie sur une production d’harmoniques qui viennent enrichir le son par le timbre des voix. Il s’agit à la fois d’explorer sa voix, de développer son écoute, de travailler le son du chœur ainsi que ses résonances harmoniques et de s’immerger dans l’univers d’une polyphonie ancestrale pour un voyage à la fois physique, émotionnel et musical.
En amont du stage, vous donnez avec votre ensemble Mze Shina un concert dans le cadre du Festival. Est-ce pour vous une première à Sylvanès ? Quel sera le programme ?
Ce sera en effet notre premier concert à Sylvanès et nous sommes très heureux de pouvoir chanter dans ce cadre magnifique. Nous visiterons des chants de différentes régions de la Géorgie car la musique est très ancrée au paysage ce qui donne une grande variété de styles musicaux : chants de Ratcha, Svanétie (haut Caucase), Kakhetie, Gourie, Mingrélie et Adjarie (Mer Noire), et chants liturgiques des différentes écoles. Il y aura au programme des chants de labour, de récolte, de mariage, de guérison, des chants de banquets, des chants sacrés. Nous chanterons parfois accompagnés des instruments traditionnels tels le tchongouri (luth à 4 cordes), le pandouri (luth à 3 cordes) le tchangi (harpe à 9 cordes) et le Tchouniri (vielle à archer).
MZE SHINA EN CONCERT AU 49 e FESTIVAL le 23 août 2026 à 21h
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