Johanni Curtet, le souffle des steppes en partage
Du 14 au 17 mai 2026, le Centre culturel de rencontre de l’abbaye de Sylvanès vous propose une expérience rare : un stage d’initiation au chant diphonique mongol.
Encadré par Johanni Curtet, musicien et ethnomusicologue reconnu, ce stage invite chanteurs amateurs et curieux à découvrir l’art du khöömii, une expérience aussi surprenante que profondément sensorielle… et accessible à tous. Johanni a accepté de nous en dire plus…
Le chant diphonique mongol intrigue autant qu’il fascine : comment décrirais-tu cette pratique à quelqu’un qui ne l’a jamais entendue ?
Pour moi, après 25 ans de pratique, je considère cette technique vocale comme un véritable art martial de la voix. Autant par l’exigence que l’on doit avoir avec soi-même, et ce que l’on appelle la « tradition » en tant que processus dans lequel on entre, comme une quête du son, pour vivre potentiellement au final une véritable initiation.

Tu es l’un des rares spécialistes de ce répertoire en Europe : comment as tu découvert le chant diphonique et la culture mongole ?
Nous sommes très peu d’étrangers à savoir pratiquer le khöömii dans une perspective autochtone mongole en Occident. J’ai découvert d’abord cela à la télévision quand j’avais 13 ans, lors d’une démonstration de Trân Quang Hai, ethnomusicologue et spécialiste international du chant diphonique. Cette voix m’a complètement happé, et sans le savoir des années plus tard, après avoir découvert l’ethnomusicologie à l’université Rennes 2, j’ai eu la chance d’être encadré par cette personne « vue à la télé ». C’était pour moi l’ouverture d’une voie qui est devenue ma vie : la pratique et la transmission du khöömii, l’ethnomusicologie, puis la création de l’association Routes Nomades, avec qui je promeus cette musique, et la musique mongole plus largement, depuis 20 ans.
J’ai bien sûr rencontré plusieurs musiciens et maîtres de khöömii qui m’ont guidé dans leur univers, sans qui je ne serais pas le transmetteur que je suis devenu : les diphoneurs des ensembles Egschiglen et Altaï-Khangaï d’abord, puis D. Tserendavaa, B. Odsüren, N. Sengedorj, R. Davaajav, E. Toivgoo et B. Papizan… les principaux transmetteurs, qui m’ont beaucoup appris sur l’esprit de cette tradition diphonique.
On imagine souvent cette pratique du khöömi réservée à des spécialistes. Peut-on vraiment l’apprendre en quelques jours ?
Comme nous n’avons pas d’équivalent vocal dans notre culture ici, et que ces sons simultanés de bourdons, mélodies d’harmoniques et résonances réalisés par une seule personne nous semblent si étranges et impressionnants, nous pensons que nous partons de loin pour y arriver…
Même si la Mongolie est à presque 10.000km de chez nous, nous avons tous une voix et des oreilles. Il s’agit d’abord de se mettre dans la culture de l’autre, comprendre comment les Mongols écoutent et perçoivent leur musique, comprendre combien la relation et le dialogue entretenu avec les éléments environnants, comme la nature, sont fondamentaux, et sentir que l’on peut faire résonner tout cela en nous.
Avec un certain lâcher-prise sur ses habitudes, on découvre avec sa voix, son corps et son cœur à quel point ces sons qui nous paraissaient si étrangers peuvent être très proches, en nous. Il faut ensuite oser les sortir et redécouvrir les capacités de sa voix. C’est une histoire d’attention portée à sa voix, à soi-même.
Ainsi on peut se rendre disponible pour diphoner, moduler le son de sa voix à la recherches des résonances et des harmoniques.
Les participants doivent apprendre à leur rythme, et tout le monde peut l’apprendre. Cela va très vite pour certains, plus lentement pour d’autres, mais tout le monde sort de ce stage avec une compréhension des fondamentaux de la pratique et une compréhension globale qui permet de travailler seul chez soi pendant plusieurs mois.

Qu’est-ce que les participants à tes stages viennent chercher ? … et qu’est-ce qu’ils trouvent vraiment ?
Cela dépend, les profils sont très différents.
Il y a un public chanteur qui veut découvrir d’autres possibilités dans sa voix, tout en découvrant une autre culture.
Il y a celles et ceux qui veulent se frotter à la culture Mongole avant ou après un séjour sur place…
Il y a les curieux qui n’ont aucun a priori et qui veulent tenter l’aventure et enfin ceux qui ne sont pas chanteurs mais qui veulent explorer leur voix autrement, comme moi, à travers mon expérience personnelle.
Au final, ils trouvent là bien souvent un enrichissement personnel global : la découverte d’une culture, d’une façon de voir le monde, d’une manière d’écouter et d’être attentif à son environnement, se connecter à la nature comme les nomades le font. Souvent, leur voix gutturale enrichie d’harmoniques et de multiples résonances continue de vivre en eux bien après le temps de transmission.
À Sylvanès, le cadre est très particulier. En quoi le lieu participe-t-il à l’expérience ?
Le khöömii vient de l’imitation des sons de la nature: le souffle du vent, les sons de l’eau qui coule, les échos dans les montagnes, les chants d’oiseaux, les animaux d’élevage des nomades… La situation de Sylvanès permet de retrouver l’essence même de cette musique au cœur de la nature, dans un environnement qui facilite la contemplation et l’écoute. Nous pouvons pratiquer avec les belles résonances que les salles de l’abbaye procure, mais aussi près de la rivière en contrebas… C’est chaque année un enchantement !
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