Nataliia : la joie de chanter ensemble !

Dans le cadre du programme Odyssée de l’ACCR – Association des Centres culturels de rencontre – nous avons eu l’immense plaisir d’accueillir en nos murs Nataliia Zhuravel, artiste ukrainienne pour une résidence du 2 au 15 juillet 2024.
Au cours de son séjour, Nataliia a eu l’opportunité de faire de nombreuses rencontres artistiques, d’animer des ateliers de chant auprès de jeunes enfants, adolescents et adultes et a su transmettre avec un grand enthousiasme son amour de la musique et du chant.  Elle a pu aussi assister au concert d’ouverture du 47e Festival qui a eu lieu le 14 juillet. Rencontre avec cette belle personne,  passionnée par le chant et la musique qui a laissé son empreinte lumineuse au sein de l’abbaye.

Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Nataliia Zhuravel et suis arrivée en France en mars 2022. En Ukraine, je travaillais comme professeur de chant et de musique à l’Institut pédagogique de Kryvyi Rih. J’ai également été coach vocal dans le secteur du théâtre durant plusieurs années.

L’Abbaye de Sylvanès fait partie d’un réseau de CCR (Centres culturels de rencontre). Pourquoi avoir choisi ce lieu plutôt qu’un autre ?
Le programme Odyssée auquel je participe a été mis en place par le Ministère de la Culture et vient spécifiquement en aide aux artistes réfugiés, ce qui explique ma présence ici à Sylvanès. La thématique du Centre culturel de rencontre autour de « Musiques et dialogue des cultures » et toutes les actions de pédagogie du chant, de création musicale qui sont menées ici m’ont motivée à postuler. Je ne regrette aucunement ce choix  ! Cela a été un véritable programme d’intégration pour moi. Le cadre de l’abbaye est favorable à l’exploration des techniques vocales que je pratique comme le yoga vocal, la respiration, la méditation, les sons de la nature. Elles visent, entre autres, à favoriser l’harmonisation des émotions. Ce fut une très belle découverte !

Quel était votre objectif de travail en venant ici ?
J’avais besoin de développer les bases et les principes de mon travail, celui-ci étant d’enseigner le chant à tous ceux qui le souhaitent car chanter peut faire une différence dans votre vie, j’en suis convaincue ! Je suis très contente de passer du temps entre ces murs et j’y rencontre des personnes merveilleuses. Je sais que beaucoup de prières ont été prononcées dans ce lieu et j’y prie tous les jours. Je veux vraiment que cet endroit m’aide à croire en la victoire de mon pays.

Le contexte de la guerre en Ukraine a cruellement affecté votre travail…
La guerre a bouleversé ma vie. Je me suis retrouvée seule en France et je me sentais très mal. J’étais souvent déprimée parce que je ne pouvais rien faire face à la situation. J’ai vécu un an dans une auberge dans la ville de Fos-sur-Mer. L’auberge était isolée, il n’y avait rien d’autre qu’un atelier de préparation de légumes à côté de chez moi et j’y suis allée pour travailler. Je suivais des cours de français trois fois par semaine. Il fallait malgré tout que je me ressaisisse parce que la vie continue. J’ai commencé à chanter avec des femmes et des enfants ukrainiens et nous avons formé ensemble le choeur de chansons ukrainiennes « Kalyna ». On chantait pour le plaisir, on répétait plusieurs fois par semaine et on est montées sur scène au théâtre de Martigues pour l’ouverture de la saison culturelle 2022 et aussi à Fos-sur-Mer. Côté famille, nous communiquons via les réseaux car les frontières sont fermées. J’ai des nouvelles de mon fils qui étudie au Conservatoire d’Odessa et qui, je l’espère, pourra venir jouer en France à l’automne 2024.

Avez-vous pu échanger avec d’autres artistes à l’Abbaye au cours de votre séjour ?
Oui j’ai pu assister dès mon arrivée au travail de Frédéric Gindraux et Jean-Philippe Clerc à l’occasion de leur classe de maître auprès de jeunes professionnels. Frédéric est comme un maître pour moi, il enseigne clairement et très subtilement  : il a une approche individuelle particulière auprès de chaque élève, ce que j’aime tout particulièrement. À ses côtés, j’ai appris de nouvelles choses et confirmé mes connaissances en matière de spécialisation vocale.

J’ai partagé également du temps auprès du Directeur général Michel Wolkowitsky, également chanteur, pédagogue de la voix et metteur en scène. Notre première rencontre autour du chant m’a aidée à retrouver un équilibre psychologique après le stress que je subissais à ce moment là : mon pays était en effet particulièrement meurtri par des violentes attaques dans un hôpital de Kyiv. Michel m’a aidée à orienter le son de ma voix dans une direction calme. Il travaille avec beaucoup de soin et de professionnalisme sur la respiration et la voix et j’ai pu me rendre compte que nos techniques vocales étaient très similaires. Cela me donne encore plus de confiance dans mon développement professionnel, car en fait il n’y a pas de limites, pas de frontières, mais seulement « sa majesté la musique » !

Au cours de mon séjour, j’ai aussi participé au stage « chanter en famille » animé par Béatrice Gaussorgues. Tout le temps passé avec elle et le groupe d’enfants, d’adolescents et parents a été un grand plaisir ! A cette occasion, j’ai pu mettre à profit les techniques que j’utilise avec les stagiaires, des exercices de respiration, des jeux vocaux, c’était très chouette ! Nous avons travaillé ensemble une chanson simple et j’ai été aussi ravi de découvrir le répertoire de musique liturgique, si spécifique au lieu. Il y avait une ambiance conviviale, c’était comme des vacances  !

Avant mon départ, j’ai aussi pu rencontrer les merveilleux musiciens de l’ensemble les Paladins et assister au très beau concert de musique baroque d’ouverture du Festival.

J’ai vraiment apprécié toutes les personnes qui travaillent à Sylvanès pour leur respect, leur aide, leur délicatesse, leur générosité, pour la gourmandise, pour le calme qu’ils créent au sein de l’abbaye. Merci à tous !

Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?
A présent, j’habite Martigues où j’enseigne en tant que cheffe de chœur et professeure de chant. Parmi mes derniers projets en date, j’avais dans l’idée de faire se rencontrer la chorale d’enfants que j’anime à Kryvyi Rih et d’autres chorales d’Ukraine et de France. Pour cela, j’ai mis en place un festival en ligne et j’ai rencontré des chefs de chœur de différentes villes. L’UNESCO nous a rejoint dans le projet pour nous apporter son soutien. La chorale de Kryvyi Rih devrait venir en représentation dans une église de Martigues le jour de la Saint Nicolas en décembre 2024.

Le mot de la fin ?
Chantez, vous le valez bien ! Le chant a un effet harmonieux et global sur le développement de l’individu, il favorise la communication, la socialisation, les amitiés réelles et la camaraderie !  Alors quelque soit votre âge, quelque soit votre état, chantez  !!!

 

Propos recueillis par Vanessa Brisse-Bonnet, saisonnière au service accueil-tourisme de l’abbaye, juillet 2024

Samanûr et Canticum Novum en résidence de création !

En ce mois de juin, le Centre culturel de rencontre a eu le grand plaisir d’ accueillir simultanément deux ensembles en résidence de création :  Samanûr formé des artistes Milena Jeliazkova, Georges Camil Abdallah, Iyad Haimour, Amin Al Aiedy et le collectif interculturel Canticum Novum sous la direction d’Emmanuel Bardon.

Ces quelques jours passés à l’abbaye ont été l’occasion de travailler respectivement sur deux programmes qui seront créés cet été dans le cadre du Festival, le 21 juillet à 21h pour « Légendes des mers » avec Samanûr et le 18 août à 21h pour « Canti di Gioia – dans le silence de ce jour naissant » avec Canticum Novum.

Dans « Légendes des mers », le Liban de Georges Camil Abdallah, la Syrie et la Palestine d’Iyad Haimour, et l’Irak d’Amin Al Aiedy ouvrent leurs bras aux multiples racines de Milena Jeliazkova – bulgare, arménienne et macédonienne, à son sang éminemment nourri des musiques des Balkans. La mer Méditerranée, la mer Egée, la mer Noire, la mer Adriatique ne sont qu’une seule et unique au final : cette Mère qui nous permet de renaître, de nous ressourcer, de nous rencontrer, d’oublier peines et tracas, de rêver d’un avenir plus radieux.
Chants et poésies de Syrie, Liban, Palestine, Égypte, Bulgarie, Bosnie, Grèce, Turquie, Irak, chants séfarades d’Espagne et des Balkans dialogueront  dans ce programme incarné par de merveilleux chanteurs et instrumentistes  !

 

 

« Dans le silence de ce jour naissant… » Cette prière de Saint-François d’Assise, précurseur du dialogue interreligieux, a inspiré au collectif interculturel de Canticum Novum, une nouvelle création mettant toujours en valeur la musique comme source de réciprocité et d’écoute, de rencontres et de dialogues. Les traditions sacrées populaires d’Ombrie, de Toscane, de Cilicie et d’Arménie des XIIIe et XIVe siècles seront sublimement mises en lumière par dix incroyables artistes sous la direction d’Emmanuel Bardon.

En 2024, le théâtre s’invite en résidence

VACARME(S) : quand le théâtre dresse un portrait poignant du monde paysan

Dimanche 14 janvier, la neige encore généreuse dans les accotements, les fossés et les paysages du sud Aveyron n’a pas découragé le public : une centaine de personnes sont venues découvrir « Vacarme(s) », un spectacle présenté par la Cie La Joie Errante (48) dans la salle des fêtes de Montlaur transformée en petit théâtre pour l’occasion.

À partir d’un magnifique texte écrit par François Perache servi par la mise en scène sobre et épurée de Thomas Pouget, la pièce de théâtre racontait la vie de Pierre, un paysan au portrait complexe qui a fait le choix (mais en était-ce vraiment un ?) de reprendre l’exploitation familiale. Sur scène, Thomas Pouget, Sylvain Lecomte et Grégoire Le Stradic ont alternativement donné vie et voix à 16 personnages dans diverses situations quotidiennes d’une famille d’agriculteurs : le père, la mère, le fils, le petit-fils, mais aussi le voisin, le banquier, le vétérinaire, la maîtresse d’école, l’élu communal et encore bien d’autres !

Véritable « histoire vraie inventée », la pièce a balayé le cheminement d’une vie rurale, abordant de nombreux thèmes universels comme la transmission, le patriarcat, l’évolution des modèles de production et de consommation ou encore la place de l’Homme dans la Nature. Avec leur talent et leur conviction chevillée au corps, les trois comédiens ont questionnés les problématiques collectives qui traversent notre société contemporaine.

« Ne vous laissez pas faire ! L’émotion tue la réflexion. Il ne s’agit pas d’opposer émotion et réflexion ! Surtout ici ! Mais l’absence de réflexion amalgame les émotions en un bloc. On ne réfléchit plus, on est « en colère ». Et on ne va pas chercher plus loin. On se laisse faire. On se laisse embarquer par l’émotion. Il faut réfléchir, non pas pour remplacer l’émotion mais parce que plus on réfléchit, plus on a matière à sentir. Et la colère trouve son objet. Ne vous laissez pas faire. » (extrait de la pièce)

Le texte a résonné fort dans le public et les émotions étaient palpables. Écrit à partir de 150 témoignages de professionnels du monde agricole, d’élus et d’habitants, magnifiquement interprété par les comédiens, il a su faire vibrer nos émotions sans pour autant nous défaire de notre réflexion. Au final, l’œuvre constitue une critique sincère et juste du monde rural, mettant en lumière ses mérites tout autant que ses limites.

Et après ? Une résidence de territoire pour explorer notre rapport à la campagne et mettre en résonance l’agriculture avec la culture 

Dans le prolongement du spectacle, Thomas Pouget sera en résidence à l’Abbaye de Sylvanès et plus globalement sur le territoire intercommunal. Son but sera d’aller à la rencontre des habitant(e)s pour collecter des témoignages portant sur la ruralité : anecdotes et souvenirs liés au travail, à la famille, à la nature, à la transmission…

Aucune connaissance ni compétence artistique n’est requise et le projet s’adresse aux volontaires de tous âges, des « natifs aux nouveaux arrivants, en passant par les résidents de longue date » : exploitants agricoles, chasseurs, commerçants, retraités, résidents d’EHPAD, enseignants, écoliers, collégiens, lycéens, sans emploi… (liste non exhaustive !) Les seuls attendus sont la curiosité, l’envie d’échanger et le fait de résider ou travailler sur le territoire Monts Rance et Rougier !

À partir de la matière vivante récoltée, il s’agira ensuite d’« inventer une histoire vraie » et de la mettre en scène. L’idée est d’inclure les habitant(e)s volontaires dans le processus de création à travers un travail d’écriture et de mise en scène. Au final, une restitution publique valorisera à la fois le travail effectué et le territoire.

Si vous souhaitez échanger avec Thomas Pouget et ce, quel que soit votre âge, votre genre, votre profession… n’hésitez pas à vous manifester ! Ce projet est une opportunité extraordinaire pour « faire parler » notre territoire !

Renseignements pratiques : Thomas Pouget sera en résidence à Sylvanès du dimanche 21 au vendredi 26 janvier, effectuera une lecture publique le dimanche 17 mars à Sylvanès puis reviendra en résidence du 1er au 5 mai, laquelle sera clôturée par une restitution ouverte au public.

Pour prendre RDV avec Thomas Pouget, contacter l’abbaye de Sylvanès au 05 65 98 20 24 ou par email à marjolaine@sylvanes.com

 

TRIBU[T] : une création danse et musique live en 2024

C’est dans le cadre d’un projet inédit de coopération internationale entre le Centre culturel de rencontre de l’Abbaye de Sylvanès, le Centre culturel de rencontre international John Smith (Bénin) et la Cie Empreintes (Occitanie), que le projet Tribu[T] verra le jour au printemps 2024.

Tribu[T] : une épopée mi disco, mi vaudou pour explorer la force et la puissance des rituels
TRIBU[T] qu’es acquo ? C’est un projet de création chorégraphique imaginé et porté par Clémence Baubant, danseuse, chorégraphe et pédagogue puisant une large part de son inspiration dans ses origines caribéennes. Avec Tribu[T], elle explorera les rituels collectifs et questionnera nos représentations face au groupe ou à ce que l’on en perçoit.

Tribu[T] : un dialogue entre tradition et modernité
Partant du postulat que le groupe se réinvente quelles que soient les situations traversées par les communautés humaines, Tribu[T] traitera de la manifestation du corps collectif et de ses métamorphoses. De la manifestation au rituel, du rituel à la horde : le projet questionnera les divers attributs de la « tribu ».

Pour mener à bien cette nouvelle création, Clémence Baubant axera ses recherches sur la pratique des rituels Vaudou au Bénin, sur la philosophie du Bigidi en Guadeloupe et sur l’étude d’iconographies des manifestations occidentales telles que celles de mai 1968 en France.

La Cie Empreintes , Fondation Royaumont ©Laurent Paillier

Des élèves danseurs et spectateurs : un itinéraire d’éducation artistique pour les scolaires
A l’Abbaye de Sylvanès, il n’est pas rare qu’un projet naisse dans le projet ! C’est le cas pour Tribu[T] qui se voit enrichi d’un volet de médiation artistique pour les scolaires développé par le Département de l’Aveyron.

>> Quatre classes d’école élémentaire bénéficieront chacune d’un atelier de 2h de pratique artistique durant lequel elles exploreront la danse, les percussions corporelles et la découverte de rituels traditionnels caribéens.

>> Deux classes de collège bénéficieront de trois ateliers de 2h de pratique et de création chorégraphique pour expérimenter les fondamentaux de la danse à travers les thèmes du rituel, de la coopération, du groupe et de la liesse collective.

Au total, Clémence Baubant animera 10 ateliers de pratique artistique (soit 20 heures) auprès de six classes qui seront toutes invitées à participer à la création du spectacle fin avril 2024 à l’Abbaye de Sylvanès aux côtés des danseurs professionnels de la Cie Empreintes et des musiciens professionnels du Bénin.

L’artiste Wang Yong en résidence à l’abbaye

Dans le cadre d’une résidence artistique coordonnée par l’ACCR, l’abbaye accueille depuis le 28 août Wang Yong, un artiste peintre chinois de 31 ans. Jusqu’au 4 septembre, il profite de cette résidence pour explorer l’intime, à partir de ses rêves et de ses émotions, dans un cadre très différent de celui qu’il a connu jusqu’à présent, en se confrontant à des paysages nouveaux et aux sites historiques occidentaux anciens des Centres culturels de rencontre français. Il a échangé avec nous sur son séjour à Sylvanès.

Peux-tu te présenter et nous parler de ton projet artistique ici à l’abbaye ?
W : Je m’appelle Wang Yong, j’ai 31 ans et je suis peintre. Je suis devenu fasciné par la peinture à l’âge de 7 ans lorsque j’ai découvert l’illustration du roman « au bord de l’eau », l’un des quatre plus célèbres romans classiques chinois. En copiant ces dessins j’ai pu développer mes premières techniques de peinture. Ensuite au collège j’ai intégré une formation périscolaire du dessin et de la gouache, où j’ai pu explorer des nouveaux sujets. En 2010, j’ai été admis à l’Institut d’art de Nanjing, où j’ai commencé des formations professionnelles sur la gravure et la peinture à l’huile, et j’ai choisi la peinture en cuivre comme domaine d’art principal. Ici j’ai utilisé de la peinture acrylique pour créer un paysage de Camarès. La raison pour laquelle j’utilise autant de rose est que cette petite ville du sud de la France me donne une telle impression, tant les gens que le paysage sont beaux et charmants.

Comment pourrais-tu décrire ton art en quelques mots ?
W : Mon concept artistique est ma vie, je veux sentir ma vie, enregistrer la vie, j’aime dessiner les scènes intéressantes et belles de la vie, parce que je veux atteindre l’objectif de capturer la beauté, ce qui me pousse à chercher la beauté au quotidien. D’autre part, j’aime beaucoup la création imaginative, où des scènes imaginaires sont combinées à la réalité pour créer des images intéressantes et narratives, qui sont généralement exprimées dans mes gravures.

Qu’est ce qui t’as amené à Sylvanès ?
W : J’ai participé au programme de résidence artistique de l’ACCR il y a trois ans. Lorsque je travaillais, j’étais membre de l’ACCR en Chine. Bien que le processus ait été très compliqué (à cause de la pandémie), nous n’avons pas abandonné, le destin m’a permis d’être ici aujourd’hui, et j’en suis très reconnaissant.

Comment se passe ton séjour ici, quelles sont tes impressions de l’abbaye ?
W : J’aime beaucoup cet endroit, en pleine nature, plein d’histoire et d’art, j’aime aussi la nourriture, je suis très heureux d’être venu à Sylvanès, où le calme me permet d’être plus créatif et de mieux réfléchir.
Je trouve l’abbaye très sacrée, le sens de l’histoire apporté par le bâtiment en pierre est solennel, et lorsque je pénètre dans le vieux bâtiment, c’est effectivement très solennel. Mais cela ne me dérange pas, je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que les gens ici sont détendus, dans le scriptorium, de jeunes chanteurs pratiquent le chant lyrique,
le soleil brille à travers les fenêtres voûtées, j’ai commencé à imaginer des moines en train de créer des chants.

As-tu eu l’occasion d’assister à quelques concerts, écouter de la musique ?
W : C’est la première fois que je visite une abbaye, j’ai vu de nombreux musiciens s’exercer au chant, et j’ai pensé que ce devait être une expérience sacrée et merveilleuse que d’assister à un concert classique dans une vieille abbaye fondée au 12e siècle.

As-tu fait de belles rencontres ?
W : Bien que mon séjour en France soit court, j’ai rencontré beaucoup de personnes et de choses intéressantes. Je vais vous raconter ma plus belle rencontre. L’autre jour, je me promenais dans la petite ville de Camarès, prenant des photos en marchant, lorsqu’une porte s’est ouverte dans la rue, un homme est sorti et m’a demandé ce que je faisais. Puis il m’a invité à prendre des photos sur le balcon où la vue était si belle, pour être honnête, j’ai commencé à avoir un peu peur, et j’ai réfléchi un moment, mais je l’ai quand même suivi jusqu’au balcon. J’ai effectivement eu une vue magnifique, puis il m’a invité à prendre un café, et j’ai appris que ce n’était pas sa maison, c’était un décorateur d’une autre ville qui travaillait ici pour une semaine. Nous avons parlé de beaucoup de choses, de la vie, l’idéal, le mariage et ainsi de suite. Comme mon anglais était médiocre et que le sien était encore pire, nous avons utilisé un logiciel de traduction pour communiquer. Cela n’aurait jamais pu m’arriver en Chine.

 

Propos recueillis par Loane, stagiaire au service communication

Mohammad Reza Rahesh en résidence à l’abbaye

Dans le cadre d’une résidence artistique au travers du programme NORA coordonné par l’ACCR,  l’abbaye accueille depuis le 24 juillet Mohammad Reza Rahesh, musicien et chanteur afghan hazara qui a émigré en France. Jusqu’au 7 août, il travaille sur son projet de recherches ethnomusicologiques sur la musique hazara. Il a échangé avec nous sur son séjour à Sylvanès.

Tu peux te présenter et nous dire ce qui t’a amené à Sylvanès ?
R: « Je m’appelle Reza, j’ai 27 ans et je viens d’Afghanistan, de Kaboul plus précisément, mais je suis né à Bâmiyân, au centre de l’Afghanistan. Je suis en France depuis août 2021, quand les Talibans se sont installés dans le pays. Donc j’ai quitté l’Afghanistan dans des conditions très difficiles, j’ai pu être accueilli ici grâce à l’ambassade de France, comme tous les artistes dans mon cas. J’habite à Dijon depuis, j’étudie la langue française et je travaille avec un atelier à Paris, l’atelier des artistes en exil. L’année dernière, j’ai parlé avec le directeur de cet atelier, et j’ai proposé un projet dans lequel je voulais travailler sur le style de musique Hazara, une musique traditionnelle d’Afghanistan. Hazara *, c’est une nationalité en Afghanistan, alors que la nationalité afghane est imposée. Je suis moi-même Hazara. Mon projet a été accepté et je suis venu ici. »

Comment se passent tes journées à l’abbaye ?
R : « Je fais des répétitions, je joue du Damboura, un instrument de musique traditionnelle afghan. Je prends des cours de chant avec Michel Wolkowitsky, le directeur et nous préparons un concert qui sera donné ce jeudi 3 août à 14h30 à l’abbaye. Je choisis de faire découvrir cinq styles de musique traditionnelle de chaque région d’Afghanistan, puis je les adapte à ma façon. »

Tu as pu assister à des concerts du festival et des récitals, qu’en as-tu pensé ?
R : « Oui c’était génial, j’ai déjà pu assister à quelques concerts à l’opéra de Dijon, ça m’a beaucoup plu. J’ai pu rencontrer des musiciens et chanteurs ici, ils sont très professionnels et très doués. »

Une rencontre en particulier qui t’a marqué ?
R : « Oui, la professeur de piano Charlotte Bonneu et la professeur de chant Élène Golgevit, j’ai pu échanger avec elles pendant le stage de chant lyrique. »

Quels sont tes futurs projets ?
R : « Je vais me réinscrire à l’université de Dijon pour continuer d’apprendre le français, puis continuer des études de musicologie et m’inscrire au conservatoire. »

 

Propos recueillis par Loane, stagiaire au service communication

 

Mohammad Reza Rahesh ouvrira une fenêtre sur son univers artistique à l’occasion d’un petit concert public ce jeudi 3 août à 14h30 à l’abbaye. 

* Les Hazaras sont une des ethnies afghanes persanophones issues de diverses cultures d’Asie centrale. Le peuple Hazara subit des persécutions depuis des siècles et leur culture est interdite depuis le retour des Talibans.

Le Jeune Orchestre baroque européen (Jobe) en résidence à l’abbaye

L’Abbaye de Sylvanès est fière de compter le Jeune Orchestre baroque européen (JOBE) parmi ses résidents artistiques.

Du 1er au 5 mai, la promotion 2023 du JOBE (Jeune Orchestre baroque européen) s’est réunie pour une première session de formation au CCR (Centre Culturel de Rencontre) de l’abbaye de Sylvanès, en compagnie de la directrice musicale Margaux Blanchard, assistée par Sylvain Sartre et Brice Sailly, et accompagnés de 5 chanteur talentueux: Heleen BONGENAAR (soprano), Eunice AGUIAR (soprano), Gaël LEFEVRE (alto), Paul BELMONTE (ténor), Jorge MARTINEZ ESCUTIA (baryton), et Lucien MOISSONNIER-BENERT (basse).

Le projet musical de cette résidence de formation professionnelle vise à produire un concert le 28 juillet à l’abbaye ainsi qu’une petite tournée. Les stagiaires travaillent sur l’opéra sacré « La Suzanna » d’Alessandro Stradella, un oratorio du XVIIe siècle qui requiert dynamisme et théâtralité dans l’interprétation. La dramaturgie est donc un élément important du travail, ainsi que la diction lyrique italienne, pour laquelle l’experte Floriana Pezzolo intervient. La Suzanna est l’histoire biblique d’une femme mariée qui refuse les avances de deux juges, qui décident alors de la juger en mentant. Heureusement, un justicier rétablit la vérité et prouve son innocence. Cette histoire riche en émotions permet aux stagiaires de développer leur interprétation musicale et théâtrale.

La particularité du JOBE est d’être la seule académie menée par un ensemble. Cela permet aux jeunes diplômés de bénéficier de l’expérience pratique de professionnels confirmés et de se confronter à la réalité du métier. La résidence de formation professionnelle est une initiative de l’ensemble Les Ombres, créée après la période du Covid pour aider les jeunes diplômés à accéder à un projet professionnel. La nouveauté cette année est que la promotion inclut des chanteurs, ce qui a tout de suite correspondu avec le CCR de Sylvanès, qui a une longue tradition de mise en valeur du chant.

Fondé en 1985 par le célèbre chef d’orchestre et claveciniste français, Jean-Christophe Frisch, le JOBE est un ensemble de musique baroque composé de jeunes musiciens professionnels européens âgés de 18 à 30 ans, sélectionnés parmi les meilleures écoles de musique du continent.

Le répertoire du JOBE est riche et varié, allant des œuvres les plus connues de compositeurs tels que Bach et Vivaldi aux pièces moins connues de compositeurs moins célèbres. Les membres du JOBE bénéficient d’une formation approfondie en musique baroque, travaillant avec des experts de renommée mondiale dans le domaine pour développer leurs compétences et leur technique. En plus de ses concerts à l’Abbaye de Sylvanès, le JOBE se produit dans des salles de concert et des festivals dans toute l’Europe.

Retrouvez le reportage en intégralité sur Youtube ici:

La deuxième session de formation se tiendra du 17 au 22 juillet et réunira l’ensemble de l’effectif (chanteurs et instrumentistes) à Uzès (Gard-France).

Hâte de les retrouver pour un concert le 28 juillet à l’abbaye, réservez vos billets dès maintenant !

Avec le soutien de la Fondation Orange

Yenalaba en résidence à l’abbaye

Ce fut une fructueuse semaine de travail pour les artistes de l’ensemble d’Occitanie Yenalaba en résidence de pré-création à l’abbaye du 29 mars au 2 avril dernier. Aelis LODDO (violon, alto, chant, textes, pieds), Théophile JOUBERT (violoncelle, saz, oud, chant), Mona HILALY (harpe, bouzouki, oud, chant) et Christophe MONTET (tombak, daf, reqq, chant) ont été rejoints par Mathieu PHAURE (son live, son studio, duduk ) pour travailler dans le magnifique scriptorium une nouvelle forme de concert.

À travers cette nouvelle création, ces artistes nous invitent dans un univers riche et singulier où les musiques traditionnelles d’Occitanie rencontrent à la fois les compositions du jeune groupe et d’autres traditions musicales méditerranéennes. On peut entendre des complaintes occitanes dialoguer avec le tombak, percussion persane, ou accompagnées par le oud, la harpe ou le kopuz. Les collectages de musiques et chants occitans  (et notamment de l’Aveyron) viennent nourrir l’imaginaire et les compositions du groupe, inscrivant ainsi les répertoires traditionnels au cœur d’une démarche créative et artistique contemporaine.

La création de cette forme concert se poursuivra en résidence au COMDT de Toulouse où la première est programmée le jeudi 13 mai à 20H30.

 

Lors de la restitution publique de fin de résidence, le micro de Josef Ulla de Radio Saint-Affrique s’est glissé à l’intérieur du scriptorium où une cinquantaine de personnes s’était réunie pour un chaleureux moment musical.
Retrouvez le reportage en intégralité à l’écoute ci-dessous ou sur le lien  : REPORTAGE YENALABA

Hâte de retrouver Yenalaba le 17 juin prochain à Sylvanès pour cette fois un Bal et une initiation aux danses traditionnelles dans le cadre de la manifestation Forêt en fête ! Venez nombreux !

 

 

Paris, Berlin, Broadway : une nouvelle création !

Trois villes, trois périodes, trois phases de l’histoire du cabaret ! Voilà le sujet, sur une idée originale de Michel Wolkowitsky et un scénario d’Axel Mattei, de cette résidence de création qui a débuté en 2022 et se poursuit en mars et en juin 2023. 

Le défi pour les six artistes accueillis à l’abbaye : illustrer ces trois périodes dans ces trois lieux –  le Paris des années folles (1920-30), Berlin dans les sombres années 30-40 et enfin l’âge d’or de Broadway dans les années 50-60… et en faire un spectacle musical scénarisé avec un fil conducteur qui amène le spectateur doucement mais sûrement dans ces trois univers…

Le scénariste Axel Mattei explique : « Notre spectacle se déroule comme un polar qui se passerait dans les coulisses d’un théâtre genevois au début des années 70… Mais qui était ce mystérieux Percy Hamilton qui a écrit avant de mourir une revue sur mesure pour ces trois chanteuses qui ne se connaissent pas et qui arrivent le même jour de trois villes lointaines ? Quels étaient ses rapports avec Viktor, le directeur du théâtre et Sacha, le pianiste chef d’orchestre ? C’est ce que le public découvrira au fur et à mesure des répétitions… Car nos chanteuses répètent sous la direction de Viktor une revue à grand spectacle « Les sœurs Hamilton ». »

Michel Wolkowitsky ajoute :  « Nous suivrons le montage de la revue de la première à la dernière répétition, ce qui sera l’occasion de donner au public encore plus qu’un spectacle musical traditionnel puisqu’il partagera avec nous les doutes, les crises et les joies qui émaillent généralement les répétitions… Et ce jusqu’au final qui prendra la forme du dénouement de l’intrigue dans une explosion musicale… »

Parmi les trois chanteuses de la distribution, nous retrouvons Emilie Boudeau Jacqueline, la chanteuse française, Sophie Hanne Hannah, la chanteuse allemande , Delphine Mégret Lisbeth, la chanteuse américaine. Dans le rôle de Viktor, le directeur et metteur-en-scène, nous reconnaitrons Michel Wolkowitsky. A leurs côtés, Yves Dupuis incarnera Sacha, le pianiste chef d’orchestre.

Séance de travail au cours de la résidence

Du chant, de la danse, de la mise en scène en direct au service d’un répertoire qui va de Satie à John Kander, de Schönberg à Franz Lehar avec une grande présence de Kurt Weill, un clin d’œil à Verdi et un salut respectueux à Georges Gershwin… Des choix musicaux savamment établis par Michel Wolkowitsky en collaboration avec Axel Mattei.

Wilkommen, bienvenue, welcome ! Et vivement 2024 pour découvrir ce nouveau spectacle !

Ode aux femmes compositrices

La dernière résidence d’artistes de l’année s’est déroulée du 18 au 20 octobre à l’Abbaye de Sylvanès avec deux femmes musiciennes de grand talent réunies par le directeur de l’abbaye Michel Wolkowitsky : la pianiste espagnole Carmen Martínez-Pierret et la soprano d’origine aveyronnaise Delphine Mégret.  
Au programme :  trois journées de travail autour de leur projet musical « l’Heure rose » qui sera créé au Teatro de la Maestranza, Opéra de Séville le 19 décembre 2022.

Aux côtés du violoncelliste Israel Fausto avec qui elle partage la direction artistique, la pianiste a initié le cycle « Rasgando el silencio » au Teatro de la Maestranza de Séville pour faire découvrir au public l’œuvre de 60 femmes compositrices de 1750 à 1980.
Ce cycle sur 3 ans qui comprend 12 événements a débuté la saison dernière avec 4 premiers concerts.
« Cela fait longtemps que je fais des recherches sur le répertoire le plus secret et le plus oublié de l’Histoire de la Musique : celui des compositrices. Le canon de l’histoire de la musique n’a pas pris en compte les femmes, il les a complètement oubliées, c’est un choix très injuste et je veux les rendre visibles », précise Carmen Martínez-Pierret.

Les répertoires sont de différentes époques, les formes musicales variées (musique de chambre, solo, duos, etc…) mais tous mettent en lumière le pouvoir musical de ces femmes créatrices.
«  On veut réveiller la curiosité, l’envie de découvrir ce répertoire qui n’a rien à envier aux compositeurs masculins de la même période. On veut démontrer que les créations de ces femmes ont souvent la même valeur que celles des compositeurs hommes. Souvent, le public mais aussi les interprètes sont surpris de la qualité de ce répertoire. »

La pianiste Carmen Martínez-Pierret et la soprano Delphine Mégret autour de Michel Wolkowitsky

Pour ces précédents concerts, Carmen Martínez-Pierret a déjà collaboré avec la violoniste Clara Cernat (album « Sérénade » sorti en 2021 au label Thelxínoe Music) ou encore le pianiste- compositeur Thierry Huillet.

Pour cette création « l’Heure rose » du 19 décembre à Séville, elle sera aux côtés de la soprano Delphine Mégret pour un programme de lieders, songs et mélodies de quinze compositrices de différentes nationalités du 19e et 20e siècles.
Parmi elles, certaines, en raison du nom de famille de leur mari, leur frère sont plus connues, comme Alma Mahler, Clara Schumann ou Fanny Mendelssohn. Les autres s’appellent Pauline Viardot, Amy Beach, Irène Poldowski, Rebecca Clarke, Augusta Holmes… et sont toutes aussi brillantes les unes que les autres !

Une face cachée de l’histoire de la musique qui s’avère une fascinante plongée dans le pouvoir musical des femmes à découvrir à Séville (Teatro de la Maestranza) le 19 décembre à 20 h et repris à Sylvanès dans le cadre du 46e Festival le dimanche 20 août à 21h en l’abbatiale.
Un enregistrement de ce programme est également prévue à Sylvanès courant 2023.